Femmes ou cléricalisme, il faut choisir

Auteur.e: 
Anne Soupa
Date: 
06/03/2019
Crédit: 
Photo by Vladimir Šoić on Unsplash

 

Ah quel aveu ! Messieurs, vous qui avez la main sur toutes les décisions de l’Église, que vous soyez en paroisse ou à Rome, c’est à vous tous que les femmes, aujourd’hui, s’adressent. Après la projection du documentaire d’Arte sur les abus sexuels perpétrés par des prêtres sur des religieuses, l’insestime foncière dans laquelle vous les tenez est à découvert. Elle se révèle dans une séquence bien classique : après les abus sur enfants, ceux sur les femmes. Sur les deux, certains des vôtres ont porté le même regard possessif et manipulateur. Les deux sont devenus leurs choses. Et ceci est l’exact reflet de ce que pense l’Église catholique des femmes. Elle les tient pour rien, juridiquement incapables, mineures, et pour toute leur vie. Vous tous, Messieurs les décideurs, êtes objectivement complices du déni de citoyenneté, de la quasi inexistence des femmes dans ce que vous avez réussi à faire de l’Église : votre monde à vous, un monde du Même, un monde de clones.  

En ce lendemain de révélation glauque, écoeurante, vous êtes, Messieurs, dépouillés de votre rhétorique verbale habituelle, si louangeuse, sur la dignité de la femme. Ah, la dignité ! Combien d’homélies, combien de discours magistériels, combien d’exhortations apostoliques, même, vous avez commis au sujet de « la femme éternelle », de ce fameux « génie féminin »… Ah, parlons-en de la dignité ! Ce gros mot que le pape Jean-Paul II roucoulait à « La Femme », ce n’est rien d’autre que le cache sexe dont il les revêtait. 

Car ce Magistère, auquel vous obéissez tous comme un seul homme, a fait des femmes un sexe monté sur pattes. Tant de siècles de séminaire ont tonné contre le péril féminin qui menaçait les prêtres qu’il ne peut pas ne pas vous en rester quelque souvenir. Femme séductrice, femme tentatrice, donc femme dangereuse…. Et pourquoi donc ? Á cause de ce sexe bien sûr, capable de mettre à mal le sacro saint célibat du prêtre. Voilà le danger ! 

Danger… à repousser, à exorciser, à contenir. Il suffit de lire la moindre déclaration du Magistère pour vérifier combien son regard sur les femmes est hyper sexualisé. Á l’obsession. Chaque fois, revient la sempiternelle ritournelle sur l’épouse, la mère, et pour finir, sur la femme violentée. Mais violentée dans des pays très lointains, et par d’autres que nous, bien sûr, par des méchants que nos évêques, ces valeureux chevaliers blancs, vont protéger des bordels, des maris violents, des injustices de tout poil. En somme, c’est toujours la performance sexuelle des femmes qui est soulignée : la vie conjugale, la fabrique des bébés, avec ce tropisme indécent qui vous pousse vers le cycle féminin, fécond, pas fécond, glaireux, pas glaireux…. En somme, pour vous Messieurs, la femme ne dépasse pas le niveau de la ceinture. Femme=sexe, et basta. 

Paradoxalement, vous rejoignez la société civile qui a, depuis un demi-siècle, mis en lumière la fonction structurante de la sexualité humaine. Vous voilà, avec votre vocabulaire légèrement décalé, en train de vanter l’importance du sexe ! Comique, venant de vous, voués au célibat, non ? Mais entre l’Église et la société, il y a une différence d’approche majeure. Celle-ci, tout en éclairant la place de la sexualité, est devenue capable de reconnaître que les femmes sont aussi « autre chose » : compétentes, savantes, travailleuses, soucieuses de la vie publique, toutes qualités qui les rendent aptes à la responsabilité. Mais vous, Messieurs, vous vous barricadez derrière un syllogisme faux, mais bétonné : 1. femme = sexe ; 2. sexe = interdiction ; 3. femme = interdiction.  Alors les femmes, ouste, dehors, le plus loin possible, loin de vos liturgies, de vos sacristies, de vos synodes, de vos conclaves…

Aussi, je renouvelle l’accusation majeure des journalistes du documentaire : derrière vos personnes se dresse, comme un bastion sacré, le statut exorbitant du prêtre. Mais non, Messieurs, vous n’avez rien de sacré. Abusant de l’équivoque, vous avez voulu confondre la fonction et la personne. Mais ce sexe qui dégorgeait dans la bouche d’une religieuse n’a rien de sacré. Par lui, s’avilit le discours sacramentel que vous avez-vous mêmes construit. Ni vos personnes ni vos fonctions ne sont sacrées. Vous les avez mises au service d’un système de pouvoir, un système qui gangrène le dispositif sacramentel et le gangrènera tant que vous refuserez de l’exercer avec « d’autres », les femmes. Le seul sacré chrétien, c’est le visage du frère, de la sœur. Sacralité du visage, bien moins présente dans la liturgie que dans le service accompli, ici et ailleurs, en tous lieux ordinaires... Visage sacralisé parce que c’est lui, parce que c’est moi. 

Je répète donc que, tant que le prêtre mâle et célibataire sera abusivement sacralisé, tant que ce venin hypnotisera les catholiques, il ne permettra pas aux femmes d’exister, sauf à être, épisodiquement, les victimes expiatoires d’un vœu bafoué. Mais - coin de bleu dans un ciel plombé -ces victimes osent parler, comme l’ont fait ces religieuses courageuses. Devant le micro des journalistes, elles ont démontré que les femmes ne sont pas des sexes, mais des êtres de parole. Merci à elles de rendre la parole à toutes les femmes. 

 

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
J'écris ton nom Liberté

Bonsoir ! Je comprends votre colère et votre indignation d'autant plus que je suis en train de lire "Les pieds dans le bénitier". Se révolter et dénoncer oui ! Mais revendiquer une place qui ne sera jamais accordée aux femmes c'est encore donner du poids à une institution qu'il vaut mieux laisser disparaître ! Et garder ses forces pour innover, oser des chemins nouveaux que vous proposez d'ailleurs en annexe.
Ma foi catholique est morte avec la violence du motu proprio de Jean - Paul II en 1994 ! Que conseille - t'on aux victimes de violence ? De mettre de la distance, beaucoup de distance !
Bien à vous !

Auteur du commentaire: 
Guillaume de Stexhe

Chère Anne Soupa, ce cri de colère et de souffrance me fait mal - mais parce qu'il est justifié, parce que nous en avons hélas besoin. J'imagine toutes les critiques, insultes et haines, que vous affrontez. Merci, profondément, de votre courage. Si vous ne parlez pas, les pierres crieront ! Ce sont nos soeurs et nos frères que votre cri défend.

Auteur du commentaire: 
sabine sauret

Merci de cette réaction cash que je partage absolument. Le cynisme et la cruauté de ce que montre de documentaire, rajoute à ce que nous savions déjà, ce langage faussement louangeur pour avoir l'air de se mettre au gout du jour et qui ne fait que cacher le mépris général des femmes
. A ce niveau là de dissimulation et de double langage, on est plus dans le déni mais dans le mensonge, à grande échelle.

Auteur du commentaire: 
Claire Poujol

Bravo ! Tout à fait d'accord avec vous ! Un prêtre n'a absolument rien de sacré.

Auteur du commentaire: 
James

Tous dans le même sac ? Cette tribune ne donne-té-elle pas finalement dans l’amalgame sexiste ?

Auteur du commentaire: 
Cécile

La réaction est toujours à la mesure de l'action