Arrêtez d’oublier les femmes quand vous traduisez la Bible !

Auteur.e: 
Comité de la Jupe
Date: 
09/01/2020

Des femmes et des hommes demandent la modification de traductions discriminantes de la Genèse. Pourquoi cette initiative extraordinaire ? A cause d’un événement sans précédent dans l’histoire de l’humanité : l’émancipation des femmes. Depuis des siècles les hommes ont "mis au placard" la moitié de l’humanité. Mais comment les hommes peuvent-ils exister en vérité puisqu’ils n’ont pas de vis-à-vis ? Alors que l’échange masculin/féminin nous fait grandir, tendre vers l’être accompli que nous sommes en devenir.

Notre réflexion nous a amenés à chercher les racines de cet état de fait. L’une d’elles, dans nos pays francophones, se trouve dans les traductions et interprétations inexactes des récits de la création. Il faut donc revisiter ces versets de la Genèse qui ont été trahis et ont amplifié la mentalité masculine selon laquelle les hommes se croient supérieurs aux femmes. Il ne s’agit pas ici de prendre la défense du féminisme, mais de rendre leur sens aux versets bibliques dans lesquels la Genèse met en scène la rencontre de l’homme et de la femme au début de l’humanité, rencontre de deux êtres qui ne sont sexués que lorsqu’ils sont mis face-à-face. Car le sens profond de ce texte, fondement de l’humanité, a été déformé par ses traductions. Ce détournement est grave. Il n’est pas ignoré de nombreux spécialistes des textes bibliques, mais la volonté manque. Or traducteurs et spécialistes peuvent-ils encore longtemps, sous peine de se discréditer, laisser perdurer ces erreurs ? Parmi les chrétiens (et non-chrétiens) avertis, l’incompréhension grandit.

Nous, femmes et hommes signataires de ce texte, avons donc écrit aux traducteurs et éditeurs de la Bible pour leur demander de rectifier les traductions inexactes des mots qui, dans les versets 7 à 25 du chapitre 2 de la Genèse, nomment les êtres humains. D’autres mots, dans ces versets, méritent également une réflexion. Mais nous commençons par ce qui, à nos yeux, a contribué à discriminer les femmes dans la société et dans les Eglises. Si les femmes continuent à être maltraitées comme c’est le cas depuis plus de 2000 ans, nous allons manquer le rendez-vous unique qui devrait avoir lieu à notre époque ! Il est vital que ces textes d’origine cessent d’être trahis. Il est vital que les femmes puissent exister à leur juste place, que pouvoir et puissance de la masculinité souveraine disparaissent car lorsqu’il y a pouvoir, puissance, il n’y a plus de liberté. La question est de savoir comment apprendre collectivement à désirer autrement.

H. Desplats, Ch.et G. Duboscq, P. Rançon, M. Bourgoin