Encore un petit couplet sur les femmes, en direct de la planète Mars

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Il y a des jours où je me demande vraiment si certains prélats de l’Eglise catholique sont vraiment des hommes vivants sur cette planète tant leur regard sur le monde est à côté de la plaque. Dernier exemple ? Les évêques, réunis en synode du 7 au 28 octobre dernier sur le thème de « la nouvelle évangélisation » ont voté une liste de 58 propositions présentées à la fin par Benoît XVI. La proposition 46 concerne la « Collaboration des hommes et des femmes dans l’Eglise ».

Proposition 46 : Collaboration des hommes et des femmes dans l’Eglise

L’Église apprécie l'égale dignité, dans la société, des hommes et des femmes créés à l'image de Dieu et dans l’Église, en raison de leur vocation commune de baptisés dans le Christ.

Les pasteurs de l’Église ont reconnu les capacités spécifiques des femmes, tels que leur attention aux autres et leurs dons pour l’éducation et la compassion, tout particulièrement dans leur vocation de mères.

Les femmes sont témoins avec les hommes de l’Évangile de la vie grâce à leur dévouement à la transmission de la vie dans la famille. Ensemble, ils aident à garder la foi vivante. Le synode reconnaît qu’aujourd'hui, les femmes (laïques et religieuses) contribuent avec les hommes à la réflexion théologique à tous les niveaux et partagent des responsabilités pastorales avec eux dans de nouvelles voies, faisant ainsi avancer la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi.


Si l’on apprécie le premier paragraphe qui rappelle (fort heureusement) l’égale dignité des hommes et femmes dans l’Eglise, les deuxièmes et troisièmes paragraphes sont tout simplement nauséabonds.

N’est-ce pas écœurant de lire que ces messieurs croient encore aux "capacités spécifiques des femmes"!!! Apparemment, ils ont dû louper toute la période (un bon siècle quand même !) où les femmes ne sont plus cantonnées à des emplois d’infirmières ou de professeurs, métiers où elles peuvent déployer toute la panoplie de leurs talents innés en matière d’amour du prochain, de compassion et de maternage. Ils n’ont pas dû voir non plus que Margaret Thatcher était une femme.

Écrire et voter de telles énormités est bien sûr révoltant pour les femmes, mais tellement dégradant pour les hommes! Car cela revient à dire que n'importe quel homme, quoi qu’il fasse, ne sera jamais à la hauteur de sa compagne en matière d'éducation de ses enfants, et en général en matière d'amour envers son prochain, parce que, n’étant pas programmé génétiquement pour donner la vie, il n’est finalement qu’un grand handicapé de l’altruisme et de la compassion. C'est du grand n'importe quoi!!! Ces messieurs ne regardent jamais autour d’eux ? Ils n’ont pas d’exemple de frères, de cousins, de petits-neveux qui ont cet instinct paternel, aussi fort que celui de la mère, celui qui notamment fait qu’ils tiennent la main de leur femme au moment où cette dernière accouche ? Et quid des hommes et femmes qui ne peuvent donner la vie mais sont prêts, par l’adoption à accueillir un enfant ? Ils sont moins aptes à la vocation de la famille ?

Reparlons-en de la vocation ! Le summum de l’absurdité et de la bêtise revient encore avec la mention de "vocation de mère". Ah, la sacro-sainte vocation de la mère ! Ah, le modèle de la Sainte Vierge Marie ! Outre le poids (et les stéréotypes) que cela met sur les épaules des femmes, encore une fois, cela est dégradant pour les hommes. Et leur vocation de père à eux? Est-elle purement matérielle ? Merci de ramener l’argent qui nourrit la famille et éventuellement de faire un bisou aux enfants avant de les coucher et basta ?

Et encore au-delà, cela renvoie une fois de plus au problème global des "vocations" : chacun dans sa case et merci de ne pas faire de vagues. Car in fine, les femmes sont priées de faire des enfants ... avec qui on se le demande, puisque les hommes ont vocation à la prêtrise comme nous le rappelle chaque année la journée des vocations.

Comment l’Église catholique peut-elle encore de nos jours voter des textes qui enferment autant les êtres humains ? Comment peut-on s’appliquer consciemment et consciencieusement à monter des murs entre les personnes, à déterminer ainsi leur vie et leurs actions apostoliques ? Comment peut-on valider de telles inepties et se dire héritiers d’un Christ qui a fait tomber tellement de barrières ? Donc non, cent fois non, hommes et femmes ne pouvons recevoir en paix cette proposition du synode.

(Je ne serai pas aigrie jusqu’au bout, puisque mes jupes et moi apprécions grandement le fait que le synode reconnaisse que les femmes participent à la réflexion théologique et peuvent avoir des responsabilités pastorales.)


Estelle R.

Commentaires

Si quelqu'un pouvait émettre un avis sur le sens qui peut être donné au restrictif "dans la société" du 1er paragraphe, je suis preneur. Pour ma petite tête et cœur, le groupe des évêques: - soit se considère "à part de la société commune", - soit il considère qu'existe un autre "univers" -ailleurs que dans la société- où cette égale dignité n'existe pas. Dernière explication, idiote celle-là, c'est pour faire joli!

Michelle il me semble que vous exagérez l'idée de groupes de pression. Sont des pères très investis auprès de leur bébé, enfant et adolescent, il est normal et heureux de ne pas le cacher ! Un cela encourage les autres à lâcher leurs blocages et à prioris, deux cela n'ôte rien aux spécificités des femmes. Attention aussi à l'emploi du mot travail: la grossesse et l'accouchement sont un travail de la nature ! et l'éducation n'est pas qu'un travail comme si l'amour était secondaire. Etre parent, c'est d'abord de l'amour et si l'investissement est partagé, tant mieux pour tous !

L’analyse d’Anne-Marie me paraît très pertinente. Les évêques défendent des positions traditionnelles, même s’ils protestent dans leur discours de l’égale dignité des hommes et des femmes ; mais qu’est-ce qu’une dignité qui ne peut s’exercer de fait et qui reste toute théorique ? Une des questions pressantes que l’Eglise ne pourra pas éluder indéfiniment, c’est le lien entre le catholicisme et la civilisation patriarcale dans laquelle il est né et dans laquelle il s’est développé. Ce lien est-il intrinsèque ? Peut-on imaginer des réformes, une élaboration d’autres structures, tout en restant fidèle au dépôt de la foi et à l’essentiel ? La réponse qui a été apportée depuis les années 90 est celle de la restauration et du retour à la tradition ; du même coup, la dimension patriarcale a été réaffirmée, par certains textes du magistère concernant les femmes, par la typologie privilégiée depuis Jean-Paul II, le Christ, modèle masculin, la Vierge Marie, modèle féminin, ensuite par le désir de retrouver la dimension du sacré, recourant à des formes archaïques et faisant du masculin le seul genre habilité à exprimer le sacré. Enfin, les mouvements les plus réactionnaires dans l’Eglise ont été encouragés, comme l’Opus Dei et les légionnaires du Christ. Même si des théologiens assez nombreux, certains évêques et des prêtres appartenant au clergé régulier, comme les Jésuites et les Dominicains, s’inquiètent de ce fossé culturel qui se creuse entre l’Eglise et les normes des démocraties occidentales – je ne parle pas de la société civile, traversée par des courants contradictoires - la tendance est nette : l’opinion dominante est acquise à l’esprit de restauration, croyant défendre une identité catholique. Et les femmes en font les frais. Je suis pessimiste quant à la possibilité d’inverser rapidement la tendance. Tout au plus peut-on l’endiguer et dénoncer clairement les présupposés anthropologiques sous-jacents. Et de ce point de vue, le Comité de la Jupe joue son rôle, même si c’est de façon modeste. En même temps, il me semble que le Christianisme a en lui-même les ressources pour dépasser les difficultés et si les catholiques attachés à l’esprit de Vatican II se réveillent et se fédèrent, il est possible qu’une autre opinion dominante émerge.

Quelle est la différence entre les dogmes catholiques et tel ou tel cours magistral sur l'émancipation des femmes si l'on n'a pas le droit de poser de questions ? Ne risque-t-on pas d'échanger un dogme par un autre ? Je pense que la découverte des rapports de domination entre les genres doit nous prémunir de l'utilisation dogmatique du savoir. Je ne peux pas m'empêcher de faire l'analogie entre votre conclusion et le discours clérical qui valide toutes sortes de dogmes par "si vous ne comprenez pas tout ce que je dis, et le latin, et le grec, et l'hébreu, c'est la preuve que vous êtes un laïc et mois un clerc, et je suis encore bien bon de vous donner deux ou trois sacrements de temps en temps pour vous donner une maigre chance de sortir de l'enfer où vous vous dirigez tout droit".

La différence, Martinus, c'est que ce n'est pas un cours magistral, c'est l'explicitation d'une expérience que font les femmes et que j'ai faite parce que je suis une femme. Il se trouve que j'ai voulu croire pendant des années que l'émancipation des femmes était chose fait, que la génération de ma mère avait fait le travail et que les discours sur la domination masculine étaient ridicule et "has been", et puis le cours de la vie s'est chargé de me rappeler que le système de domination n'était pas mort, très loin de là, ni dans l'Église ni dans la société. Et j'ai fait amende honorable et compris que le combat que la génération de ma mère avait mené n'était pas achevé et que je devrais aux filles qui viendront après moi de continuer et de tenir, et d'être vigilante. C'est une dette que j'ai à l'égard de la génération qui m'a précédée et à l'égard de la génération qui me suis. Ce n'est pas une parole dogmatique, Martinus, c'est une parole d'expérience.

Plein accord Estelle, sauf sur ce 1er paragraphe renforce la suite. - Pourquoi préciser "dans la société"? Peut-être pour ne pas peiner quelques uns d'entre eux, ... et tant pis pour la majorité des baptisés! Il est plus probable que ces messieurs considèrent qu'ils ne sont pas "dans la société". - Pourquoi répéter deux fois Église dans la même phrase? 1/ Église sujet de la phrase: leur assemblée qui apprécie, qui se qualifie de pasteur au second paragraphe. 2/ Église complément indirect de la phrase: les baptisés non ordonnés, les "priés de croire" leurs pasteurs: c'est du bonneteau pour sots moutons. Ces soi-disant pasteurs savent -quand ça les arrange donc toujours- prendre la place d'un Dieu tout-puissant à l'écart des manants. Il est incompréhensible que tant de catholiques continuent de croire une telle fable, pour "débiles mentaux". L'institution a quitté l’Église! OK, il est dur d'en prendra acte, de passer le cap. A quoi bon s'accrocher à un débris qui coule quand le bateau est là, dans une société qui a besoin de notre fraternité, de notre sens spirituel?

Je crois effectivement que l'Eglise manque d'audace en enfermant une fois de plus les femmes, dans la maternité.La question reste de savoir pourquoi une telle rigidité... Je finis par penser que la peur de perdre un pouvoir, ou de le partager, amène notre institution à cantonner les femmes dans ce qui l'arrange : faire des enfants ( et avec un peu de chance des futurs prêtres...) Enfermer les femmes, dans "leurs capacités spécifiques (...)tels que leur attention aux autres et leurs dons pour l’éducation et la compassion" (et au fond souvent dans des tâches pénibles, peu reconnues (voire peu rémunérées)),arrange certains de ces messieurs qui ainsi se donnent bonne conscience à ne pas se retrousser les manches, dans le fastidieux du quotidien, dans l'inévitable difficulté du concret de l'amour. Il faudrait au contraire, inviter les hommes à s'ouvrir davantage à cette mise en oeuvre de l'amour, de la transmission , de l'éducation...qui serait d'un immense bénéfice pour les enfants. Le partage "homme-femme" des difficultés sur le terrain, ouvrirait alors les portes au partage du pouvoir... Mais, voilà un rêve un peu fou... surtout pour l'Eglise...

Trois jours après, toujours aucun commentaire... C'est que les bras nous en tombent!

Merci Estelle !

Hier soir, quand j'ai écrit "toujours aucun commentaire", ceux de Jean-Pierre et de Catherine n'apparaissaient pas encore, bien qu'ils aient été rédigés un peu plus tôt... Je suis d'accord avec les protestations et les colères exprimées par vous tous, mais je ne suis pas sûre que vos interprétations soient les bonnes. Je ne pense pas que l'obstination des évêques à réaffirmer les modèles traditionnels masculin/ féminin soit une question de plus ou moins de courage, plus ou moins de générosité, ni même d'un désir conscient d'accaparer le pouvoir. Que le changement des mentalités sur le genre mette en danger les structures de pouvoir, c'est évident. Mais c'est évident POUR NOUS, pas pour ceux qui défendent les positions traditionnelles. Plus exactement, pour nous, il est évident que l'instauration et le maintien d'une structure de pouvoir est la cause profonde de la répartition des rôles, et de la conception naturaliste des différences homme/ femme. Mais pour ceux qui sont à l'intérieur de ce système de pensée, c'est l'inverse. Pour eux, au commencement était la nature, voulue par Dieu évidemment, et tout le reste, la virginité et le mariage, les enfants qui portent le nom du père, les femmes dévouées et sensibles, les hommes seuls prêtres, etc... tout ceci n'est que conséquence intangible, conséquences qui ne peuvent pas être mauvaises puisque l'origine est divine. Que cette construction soit mythologique n'est absolument pas évident pour un grand nombre de gens, et pas seulement les catholiques, pratiquants ou non. La dernière fois que je suis allée me faire couper les cheveux, ma coiffeuse récriminait contre la première femme de son mari, qui habille sa fille en jean, pull et baskets, estimant que cette femme faisait injure à la féminité de la fillette. J'ignore si ma coiffeuse est chrétienne, mais il est EVIDENT pour elle que la nature d'une fillette est de porter des chemisiers à volants, du vernis rose sur les ongles et de se baigner en maillot deux pièces, bien avant la puberté. Pour bien des gens pas spécialement croyants, la féminité traditionnelle est l'honneur des femmes. Pour faire bref: contrairement à vous, je crois que les évêques sont sincères dans leurs convictions, et qu'ils sont beaucoup mieux en harmonie avec le monde qui nous entoure que vous le pensez; et c'est bien pour cela qu'ils sont dangereux.

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