Lettre ouverte à Monsieur Jean-Pierre Elkabbach

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Marie-Françoise qui a écouté Mgr Vingt-Trois, invité par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 le matin de Pâques adresse au journaliste uneLettre ouverte, dans laquelle elle dit sa consternation devant les propos tenus par le cardinal Archevêque de Paris.

Vous pouvez lire la transcription des questions des journalistes, Mrs Elkabbach et Darmon ainsi que les réponse de Mgr Vingt-Trois à la suite de cette lettre, vous pouvez aussi les réécouter à l'adresse suivante, ils se situent vers la 15ième minute de l'entretien. Écouter.

Cher Monsieur,

Le dimanche 8 Avril sur Europe 1, vous vous êtes adressé à notre frère en Jésus-Christ Monseigneur André Vingt-Trois, cardinal catholique français, archevêque de Paris, président de la Conférence des Evêques de France et accessoirement officier de la Légion d'Honneur.

Nous vous remercions de tout cœur pour l'intérêt que vous avez porté  au statut et au sort des femmes dans l'Eglise catholique, au cours de cet entretien.Nous tenons à vous dire que  nous ne cautionnons pas les réponses de notre frère à vos questions et qu'elles nous consternent très profondément.

Sur la forme : il ne s'est  montré ni respectueux ni sérieux pour répondre à votre invitation au dialogue sur ce thème précis.

La manière qu'il a eu d'agresser et les rédactions des grandes radios et les entreprises nous semble révélatrice de l'état d'esprit d'un homme sur la défensive qui craint maladivement d'être piégé et manifeste sa peur davantage que sa sereine assurance.

Sans l'excuser pour autant, nous pensons comprendre  que la hiérarchie qu’il représente, minée par la peur, se retranche dans sa forteresse et tire sur tout ce qui approche, désire s'exprimer, demande des comptes, sollicite une remise en cause.

Ces cinquante dernières années, à la suite du concile Vatican II, une conscience publique s'est constituée dans l'Eglise. Aujourd'hui les catholiques, instruits et formés, méditent l'Evangile, prient et agissent en adultes. Ils sont cependant toujours considérés comme des mineurs sous-tutelle (sous-mineurs en ce qui concerne les femmes) par  leur hiérarchie, elle-même paralysée par la tutelle vaticane.

Sur le fond : s'il dit fort justement « je ne suis pas sûr qu'on fasse avancer les mentalités par la loi et la contrainte, on fait avancer les mentalités par le changement de regard, par l'évolution des pratiques », nous constatons depuis longtemps, malheureusement, qu’il ne faut pas compter sur notre frère André Vingt-Trois ni pour faire avancer les mentalités, ni pour faire évoluer les pratiques.

Au fond, selon lui, ce qui définit les femmes, c’est qu’elles savent faire des enfants. La responsabilité des femmes c’est leur ventre, les autres responsabilités, elles, appartiennent aux hommes.

D’autre part l'argumentation face à l'entreprise qu'il avance à son crédit « et moi je n'ai pas peur de voir que des femmes puissent être catéchistes, responsables diocésains et autres » manque du plus élémentaire sérieux et porterait à rire si elle n'émanait pas de notre frère André Vingt-Trois cardinal catholique français, archevêque de Paris, président de la Conférence des Evêques de France et accessoirement officier de la Légion d'Honneur.

Car enfin l’Eglise est-elle réellement une entreprise ? André Vingt-Trois signe-t-il des contrats de travail, paye-t-il salaires et charges pour TOUTES les catéchistes « et autres » ?? Pensez-vous vraiment qu'une entreprise aurait peur de fonctionner avec 80% de femmes bénévoles !!

Nous regrettons que notre frère se soit si mal comporté face à vous, nous vous sommes reconnaissantes de la délicate discrétion et de l'indulgence dont vous avez fait preuve face à notre pauvre frère dont la peur a rendu les propos maladroits jusqu’à la sottise et vous adressons, avec nos remerciements, l'expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Marie-Françoise, membre du Comité de la Jupe

Extrait du « grand rendez-vous de JP Elkabbach », avec Mgr Vingt-Trois, hier, dimanche de Pâques, à réécouter sur le site d’Europe1.

J« — Le statut, le sort des femmes dans toutes les religions préoccupe. Elles sont mal considérées, même lorsqu’elles ont la tête bien faite… Est-ce que ça peut changer ?

 

AV– J’espère que ça change…

 

 

 

 

J– Y compris dans l’Eglise catholique ?…

AV– Dans l’Eglise catholique, ça change plus vite que dans les rédactions des grandes radios…

J– Le Comité de la jupe, qui milite pour l’évolution de la place de la femme dans l’Eglise, dit : il faudrait que les femmes annoncent la résurrection de Jésus…

AV– Eh ben, elles le font !

J– Mais elles n’ont pas la place à laquelle elles ont droit …

AV– Elles ont tout à fait la place d’annoncer la résurrection du Christ, beaucoup, pour ne pas dire la majorité des catéchistes qui annoncent le Christ ressuscité sont des femmes !

J– Une candidate à l’élection présidentielle, Nathalie Arthaud voudrait que l’on mette en prison les patrons qui ne respectent pas la parité… Est-ce que les religieux, il faut leur faire subir le même sort ?

AV– Je ne suis pas sûr qu’on fasse avancer les mentalités par la loi et la contrainte… on fait avancer les mentalités par la conviction, par le changement de regard, par l’évolution des pratiques.

J– Mais vous, est-ce que votre regard a changé, parce que vous aviez eu une réflexion qui avait défrayé la chronique, à l’époque

AV– Tse Tse Tse Tse !

J– …qui avait justement donné naissance au Comité de la jupe… Est-ce que vous dites, eh bien oui, moi aussi, j’ai évolué, je pense que la parité est une question au sein de l’Eglise de France…

AV– Non, je ne pense pas que la parité est une question au sein de l’Eglise de France, parce que je ne sais pas ce que c’est que la parité… Je pense que malgré tous vos efforts, vous ne pourrez jamais mettre au monde des enfants…

J– Et alors, ça veut dire… ?

AV– Ça veut dire qu’il y a des différences, et que ces différences s’expriment dans des fonctionnements… Je ne vois pas pourquoi il faudrait…

J– Alors que dans le monde laïc, c’est une grande question, la parité, dans le monde du travail, dans la société…

AV– Oui, c’est une question parce qu’elle n’est pas réalisée… Pourquoi est-ce que dans une entreprise on n’embauche pas de femmes, parce qu’on a peur qu’elles aient des grossesses et qu’elles soient absentes… et moi, je n’ai pas peur de voir que des femmes puissent être catéchistes, responsables diocésains et autres…

J– Mais elles ne voteront jamais pour le pape…

 

 

 

 

AV– Peuh !… »

Commentaires

Le cardinal André Vingt-Trois n'a peur de rien et semble aimer être interviewé... Sans doute vaut-il mieux ne pas laisser de commentaire sur ce que Son Eminence exprime de sa vision des femmes ? Bravo pour la lettre ouverte à ceux qui le questionnent.

que faire ?? je ne sais tenir bon ne rien céder non plus nous soutenir montrer autour de nous une autre image de l'Evangile

Je suis réticente face à cette lettre, dont je n’aime pas le ton. Certes, Monseigneur Vingt-Trois est notre frère devant Dieu, mais il est aussi Archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France. Je me rallie à la pensée de Pascal : à des grandeurs d’établissement est dû un respect d’établissement. Maintenant, les propos du cardinal me paraissent très embarrassés et agaçants, dans la mesure où il nie qu’il y ait une question des femmes dans l’Eglise catholique en France, alors que leur place dans la liturgie ne cesse de décliner et qu’elles n’occupent plus – ou peu – de responsabilités dans les instances de décision. C’est probablement une question très controversée au sein des évêques, ce qui les empêche de parler tous d’une seule voix. La situation est ainsi plus sombre en France qu’elle ne l’est dans les pays limitrophes, comme la Belgique ou l’Allemagne, et si la branche traditionaliste est réintégrée, cela risque d’être encore plus sombre. C’est la tâche du Comité de la Jupe, me semble-t-il, que de dire et redire que la question se pose. Alors que des organismes catholiques assez nombreux mettent la question du genre au programme de leurs conférences ou de leur assemblée générale, en 2012, alors que c’est un sujet qui est débattu dans les facultés catholiques (voir la controverse entre Eric Fassin et Véronique Margron, à Rouen, en 2011), la conférence épiscopale reste muette sur le sujet. Serait-ce, à ses yeux, un « non-sujet » ou au contraire un sujet trop brûlant pour qu’il soit abordé ?

"Que l'on a bien fait de distinguer les hommes par l'extérieur,plutôt que par les qualités intérieures ! Qui passera de nous deux ? qui cédera la place à l'autre ? le moins habile? mais je suis aussi habile que lui, il faudra se battre pour cela. Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un : cela est visible;il n'y a qu'à compter;c'est à moi à céder, et je suis un sot si je le conteste. Nous voilà en paix par ce moyen, ce qui est le plus grand bien." Blaise Pascal (Les pensées- 319)

superbe!! MERCI oui combien de femmes sont des petites mains corvéables à merci... elles le veulent bien ...c'est souvent vrai ... mais il y a derrière une main mise sur les esprits Mais heureusement tous nos pasteurs n'ont pas ce regard , c'est même souvent les plus brillants d'entre eux , les plus catholiques au sens profond du terme, ceux qui marchent à la suite du Christ et non ceux qui regardent vers Rome avec crainte ou avec l'espoir d'une promotion ...... Mais nous les attendons ces pasteurs , nous espérons qu'ils continueront à parler car ils le font et pourquoi à nous accompagner...

Merci Marie-Françoise.

Voici là sous les yeux une bonne raison des églises plus vides chaque dimanche. Bonne parce qu'il est un devoir parental de ne pas conditionner ses enfants de ce type de parole opposées au message de Jésus que ces personnes manipulent en toute impunité.

Oh, si moi je laisse un commentaire fait de grande tristesse. Jamais ces "hommes" ne comprendront ce que nous demandons parce que cela leur est inaccessible. Ils pratiquent en toute bonne foi une ségrégation condamnée par l'Evangile et ne s'en rendent même pas compte. Et puis cette idée, nous ne faisons pas d'enfants ( sous-entendu nous les hommes ) . il y a longtemps déjà que le Père et la Mère se sentent conjointement concernés par la période de grossesse. Même les petits frères et soeurs participent à l'attente. C'est merveilleux. Et les progrès techniques qui permettent de voir l'enfant dans le "ventre de sa mère" permet au Père devenir " effectivement" Père bien avant l'accouchement. Ramener la femme au ventre comme le faisaient les "latins" quelle tristesse. Pauvre homme. je le plains de toute mon âme. Voyez vous si les prêtres pouvaient se marier, peut-être ne trouverait on pas de telles inepties qui discréditent complètement l'Eglise quand elle vient d'une personnalité aussi éminente de l' hiérarchie. Merci Nadège, tu as raison, "ce sont des personnes qui manipulent en toute impunité le message de Jésus". Alors que faire contre une telle hierarchie ? Il y a sûrement quelque chose à faire. En attendant Merci pour la lettre de réponse elle me convient parfaitement Jacqueline Lach.

@ Jacqueline S'il suffisait d'être marié pour ne pas être sexiste, il y a longtemps que l'égalité de fait entre hommes et femmes serait acquise... Surtout, ne confondons pas la question du mariage des prêtres et celle de l'ordination des femmes. Ce sont deux questions fondamentalement différentes. Les orthodoxes, qui ordonnnent des hommes mariés, ne sont pas connus pour leurs positions particulièrement progressistes en matière d'égalité homme/ femme. Ceci dit, on peut être à la fois pour le mariage des prêtres, pour l'ordination d'hommes mariés, et pour l'ordination des femmes. Je suis pour, pour, et pour.

Pour information le cardinal Vingt Trois est un des principaux intervenants au congres eucharistique de Dublin en Juin, sur le theme de communion dans la famille et le mariage....

Pages