Merci Matthieu !

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Voici un soutien chaleureux et très argumenté, celui de Matthieu Langeard, paru sur son blog, à la Vie, et reproduit avec son aimable autorisation. Il a intitulé son article : Pour une place des femmes dans l’Église égale - et complémentaire - à celle des hommes.

Le premier Conclave des femmes s’est réuni le 9 mars dernier à l’initiative du Comité de la Jupe, durant l’élection du pape. Les 72 femmes présentes ont décidé, en concertation avec la Conférence des baptisé-e-s (CCBF), d’organiser des cercles de silence. Le but ? Demander une place des femmes dans l’Église égale en dignité et responsabilités à celle des hommes.

Le premier mardi de chaque mois, à partir du 1er octobre 2013 de 18h30 à 19h30, uncercle de silence se formera place Raoul Dautry, sur l’esplanade devant la gare Montparnasse. "Notre présence sera significative si nous sommes nombreux, femmes et hommes ! C’est pourquoi nous vous invitons à nous rejoindre et à en informer vos ami(e)s. Notre objectif : promouvoir la renaissance de l’Église catholique par la participation et la responsabilisation de tous et lutter contre la discrimination des femmes dans l’Église." 

Certains d'entre nous se crispent sur un raisonnement fermé du type : "le dogme dit la vérité, le dogme dit non à l'ordination de femmes, ce non est donc la vérité". La doctrine actuelle passe pour une quasi loi physique ! Ce faisant, ils ne font que « simplifier la complexité du réel pour s’en protéger, la résorber dans l’idée, la rationaliser dans un système, et la normaliser en éliminant l’étrange, le mystère » (Xavier Thévenot). Un tic de mecs !

Pourtant aujourd'hui nous savons que la vérité est une co-construction : un travail d'interprétation du monde à actualiser sans cesse. Or tout contradicteur est taxé de touriste ("l'Église, tu l'aimes ou tu la quittes") ou de vindicatif (la technique de base pour maintenir l'omerta).

Voici mon témoignage, il rejoint celui de nombreux catholiques ouverts aux sciences humaines. Après l'astronomie de Copernic, ce champ de connaissance est le nouveau blocage de l'Église dans son rapport au réel. Un paradoxe car les sciences humaines opèrent une contre-révolution copernicienne : l'humain y retrouve sa place au centre de l'univers ! 

1/J'apprends chaque jour à démasquer un peu plus ma propre misogynie. Ce que je découvre est effrayant : le diable se cache bien dans les détails. Ce déséquilibre dans la relation homme-femme est d'autant plus difficile à débusquer qu'il est souvent inconscient, et culturel. Même les femmes ("l'élite des humiliées") peuvent ne plus le voir, ou le considérer comme normal. Pour la paix des ménages, elles confondent alors la différence / complémentarité des sexes, et l'injustice.

La culture des familles bourgeoises (ultra-réticente au changement), celle que je connais, porte toujours sur les femmes un regard qui les dévalorise dans leur dimension socio-professionnelle. Les pères font plus de projets pour leurs fils que pour leurs filles. Le fait que ce soit devenu implicite rend le mécanisme d'autant plus sournois. "Pourtant nous demandons à nos femmes de travailler, pas de s'occuper des enfants", disent mes amis aujourd'hui, décidant encore et toujours pour elles...

Une femme reste pour moi soit admirable, soit méprisable. Et elle peut passer de l'un à l'autre sans nuance. Il m'est difficile d'être dans un contact relationnel de simple face-à-face avec une femme. Suis-je pire en cela que la plupart des hommes ? Je ne crois pas... nommer, assumer et surveiller mon problème pourrait me rendre "moins pire".

 

2/Le "nouveau" clergé catholique (les moins de 60 ans)fait un retour à la "tradition". Il aggrave ainsi la situation. Ces prêtres excluent les filles des enfants de coeur, les femmes de la lecture de l'évangile, du partage de l'eucharistie et de tous postes à responsabilité, comme le diaconat, sans parler de la prêtrise... Le problème est aussi comportemental : ils parlent de valeurs évangéliques, mais souvent les enfants ne les aiment pas : à leur insu, ces prêtres sont souvent brutaux avec eux. Le discours n'a pas transformé l'humain en eux. Avides de sainteté, "l'humain n'est pas le sujet". Dommage car sans humain bien dans ses pompes, pas de véritable spiritualité.

Le "féminin" en eux n'est pas assumé : cette sensibilité qui permet d'incarner une masculinité pacifiée, et non plus offensive, ou défensive. Le grand retour du "leadership" du curé dans les paroisses cache un mouvement retrograde en connaissance, en consience et en spiritualité. Jean-Marie Lustiger, initiateur du mouvement, n'a-t-il pas méprisé l'un des plus grands maîtres spirituels de notre temps, Marguerite Hoppenot, au motif qu'elle était trop femme, épouse et mère à ses yeux ? (Pas assez virginale il faut croire.)

Le problème catholique n'est pourtant pas un problème de clergé : on a les prêtres qu'on mérite. Ce retour au pire de la "tradition" est d'abord sociologique et identitaire : perte de la diversité politique dans les paroisses, virement à droite d'une religion devenue un enjeu de classe.

 

3/Or, le machisme implicite dans l'Église infuse les milieux dirigeants, qui diffusent au reste de la société (Richard Sennett). Dans le fond, rien ne bouge... Pour mon travail, j'ai réalisé 150 entretiens avec des entrepreneurs ces cinq dernières années. Je le fais pour des banques (capital-risque) avant que celles-ci investissent. Sur les 150 dirigeants qu'on m'a envoyés, il n'y avait que trois femmes !

Les entrepreneuses n'osent pas aller jusqu'à la levée de fonds. Une explication est notamment l'autocensure générée par les stéréotypes hyper masculins liés à l'entrepreneur. Tout le monde en subit les conséquences. (Voir l'excellent livre Inventer une économie Yin & Yang de l'économiste Marianne de Boisredon.) Autre signal : aux conseils d'administration des PME il n'y a toujours que des hommes...

Une meilleure place des femmes dans les paroisses peut changer les choses. Pour mes filles, je ne veux pas de ce père-là, de cette Église-là et de ce monde-là. "Misogynes anonymes", le temps est venu de nous positionner ! Et pour commencer, le 1er octobre, devant Montparnasse.

Matthieu Langeard  http://www.lavie.fr/sso/blogs/post.php?id_blog=1511&id_post=2904

Commentaires

On ne peut pas rayer d’un trait de plume la représentation mentale du masculin et du féminin, qui a des millénaires derrière elle. Tout au plus peut-on montrer la tension qui existe entre la pensée essentialiste de l’Eglise, du moins en termes de fonctions, masculines et féminines, et la pensée universaliste, qui sous-tend les textes de référence dans les démocraties européennes. Les questions sont complexes. Le Christianisme doit-il assumer le désir de sacré, qui traverse l’histoire de l’humanité, en gardant la symbolisation qui place toujours le féminin en second ou en retrait ? Mais on sait que le sacré n’est pas la sainteté. Et le Christianisme a-t-il des liens intrinsèques avec la civilisation patriarcale qui l’a vu naître ? Aux historiens et aux anthropologues de clarifier le débat. J’ose vous faire une réponse, Martin : pour moi, on peut être réservé par rapport au sacerdoce des femmes, ou même hostile, sans être misogyne. Et je regrette que le débat se focalise une nouvelle fois sur l’accès des femmes au sacerdoce, d’une manière massive et sans nuances ; il y a plus urgent, une théologie du laïcat, des ministères, et une prise en compte de l’évolution des rapports entre le masculin et le féminin dans la société civile. Enfin, si je pense que l’Eglise de France a réaffirmé nettement son caractère patriarcal ces dernières années, si la parole y est androcentrée, elle n’est pas pour moi « misogyne » !

"Peut-on être contre l’ordination des femmes sans être misogyne ?" Matthieu répondra peut-être lui-même, mais je prends la liberté de répondre pour mon propre compte, c'est NON. Quelle que soient les raisons invoquées contre l'ordinations des femmes, et qui peuvent être pertinentes de façon circonstancielles, toutes les raisons essentielles, (essentialistes) sont par définition misogynes.

@ Bea La participation de femmes (pas seulement elles, ce n'est pas un service exclusivement féminin!)aux obsèques n'est ni une promotion ni de l'exploitation. C'est un service d'Église, un ministère si vous préférez, exercé par des laïcs missionnés et formés pour cela. Nous ne "remplaçons" pas le prêtre, nous ne célébrons pas des obsèques au rabais, nous accueillons les familles en deuil et nous célébrons en équipe au nom de l'Église en pleine responsabilité. Nous commentons l'Évangile, et il m'est arrivé plus d'une fois que l'on me remercie de mon "homélie". Je ne relève pas... J'ignore si celui ou celle qui dit "homélie" sait qu'en langage ecclésiastiquement correct le terme homélie désigne une parole prononcée par un prêtre. Je ne pense pas faire autre chose que ce que ferait un prêtre, quand je commente l'Évangile. Il est clair que cela met en évidence que les fonctions naguère réservées aux prêtres peuvent être exercées dignement par des laïcs, parmi lesquels bon nombre de femmes. Je suis convaincue que la fécondité de cet exercice sera reconnue un peu à la fois. J'ajoute que je n'ai pas et n'ai jamais eu vocation au ministère presbytéral. J'assume ce service parce que j'en ai vu la nécessité, là où je suis, que j'ai eu le sentiment d'en être capable, que j'en ai ressenti le désir pour des raisons qui me sont personnelles, et que l'équipe déjà existante m'a acceptée. Et je suis très consciente que, lorsque nous assumons ce service, hommes et femmes laïcs communautairement responsables, nous ouvrons la voie à des vocations à venir- en particulier, aux ministères féminins. Je le sais et j'en suis fière.

Merci, Matthieu, ça fait plaisir d'entendre une voix amicale. Mais, dites-moi, pourquoi "complémentaire"? Que deux personnes, qui ont chacun/ chacune trouvé librement leur voie, se découvrent complémentaire dans leur travail commun sur un chantier donné, c'est un bonheur qu'il faut saluer (et ceci ne concerne pas que les relations d'un homme-mâle et d'une femme). Mais la complémentarité, comme norme a priori imposée aux femmes, comme cadre dont il est malséant de s'affranchir, non seulement c'est infantilisant pour les femmes, mais comme principe de gestion des ressources humaines, c'est terriblement limitatif. Laissons donc les personnes trouver leur voie, et nous verrons bien ensuite qui peut faire équipe complémentairement- si besoin est.

Cher Matthieu Langeard Peut-on être contre l’ordination des femmes sans être misogyne ?

Dans un grand nombre de paroisses de province, des femmes laïques sont missionnées pour conduire les funérailles : ''promotion'' ou ''utilisation'' des femmes ?

Bonsoir Anne-Marie, Votre message m'a fait réfléchir. Effectivement, la complémentarité n'a rien à voir, à ce stade. Nous nous engageons pour l'égalité femmes-hommes. En revanche, je crois que femmes et hommes sont structurellement différents. Mais effectivement, c'est une autre histoire ! Voir sur mon blog "L'union des sexes fait la force" : "Marguerite Hoppenot dit qu’il y a depuis longtemps dans l'Eglise catholique « le risque d'une disproportion croissante entre (…) les nécessaires structures de gouvernement et l'irremplaçable richesse contenue dans la vie ». Elle évoque « l'insuffisance, combien douloureuse parfois, du sens maternel au sein de l'Eglise » : « le corps ecclésiastique ne semble pas se poser la question précise de la vocation féminine en regard de la vie de l'Eglise », « il ne semble pas s'interroger suffisamment sur l'éventuelle nécessité pour elle d'un apport plus réel de la femme ». (Le temps du feu, ed. du Cerf)" Bien cordialement. Matthieu

Bonsoir Martin, Je suis assez d'accord avec Christine : la réponse est non. Il ne me semble pas possible d'être contre l'ordination des femmes tout en n'étant pas misogyne. Ma misogynie est une grande découverte pour moi, qui me permet d'évoluer, et d'être de plus en plus dans un vrai contact relationnel avec les femmes de ma vie : épouse, filles, amies, collègues,... J'apprends à vivre avec ce handicap, c'est déjà beaucoup. Je vous souhaite le même chemin de vie. Bien cordialement. Matthieu

Bonsoir Béa, Merci pour cette note d'humour... noir. C'est flippant cette histoire... vraie !

Anne Marie : MERCI Matthieu MERCI Laissons donc les femmes trouver leur voie ! Que savons nous des femmes dans l'Eglise, si ce n'est leur rôle indispensable de supplétif, leur masse laborieuse, le fait qu'elles représente la masse "utile" sans laquelle rien ne marcherait . Les femmes sont le prolétariat de l'Eglise. Pourquoi ne pas le dire. Dans les masses opprimées, il y a toujours des gens pour trouver l'oppression normale. Matthieu a raison beaucoup de femmes participent de cette lâcheté , pour d'obscures raisons elles caressent dans le sens du poil. Moi je demande l'égalité dans l'accès des charges, services, missions jusqu'à l'ordination pour les femmes... Je demande tout. Les femmes choisiront. Leur dignité de catholique résidera dans le choix., la survie de l'Eglise et sa dignité aussi.

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