Prostration de femmes, le vendredi saint 2019

Auteur.e: 
Marie-Claude
Date: 
26/03/2020

 

S’étendre de tout son long sur le sol dans une église ? Comme c’est bizarre, comme c’est étrange ! Certes, c’est bien ce geste qu’accomplissent tous ceux et toutes celles qui vont faire leur profession de foi religieuse, exprimant ainsi moins l’anéantissement devant Dieu que leur parfaite disponibilité à l’appel divin. Et qu’accomplissent aussi les prêtres au début de l’office du vendredi saint. Mais pourquoi ce désir qui a taraudé l’auteure de cet article de reprendre à son compte ce geste de la prostration ? Lisons son témoignage et comprenons que ce geste posé le vendredi saint 2019 est la répétition d’un geste premier, vécu dans la solitude d’une nuit d’adoration au cours de laquelle elle s’est sentie reconnue comme femme, et femme révoltée, par son Seigneur. Marie-Claude n’est pas en lutte contre l’Église, non ! Mais elle veut que chacun et chacune y soit reconnu-e comme prêtre, prophète et roi.

Lors de la célébration du jeudi Saint 2012, une présence exclusivement masculine occupe le chœur de la Collégiale : 12 servants d’autel, le prêtre, 12 hommes pour le lavement des pieds, 3 hommes pour les lectures et encore des hommes pour donner la communion !

En tant que femme engagée depuis de nombreuses années dans ma paroisse (pastorale familiale avec mon mari, membre de l’équipe pastorale, accompagnante des familles en deuil), je vis une immense révolte, une grande crise ! Pourquoi les femmes sont-elles si ostensiblement exclues de la liturgie si belle de cette semaine Sainte ?

Je me sens alors proche de ce que Jésus va vivre, rejeté, exclu, réduit au silence, et finalement condamné par les autorités religieuses de son temps. Je pense à toutes les blessures et les humiliations que subissent les femmes d’hier et d’aujourd’hui dans le monde. Oui, tant de femmes sont crucifiées… et le message de Jésus qui les aime, qui les considère égales en dignité aux hommes n’est pas manifesté dans l’expression liturgique de la foi de l’Église !

Lourde de ce fardeau mais poussée par l’Esprit, je me rends pourtant à l’église durant la nuit d’adoration qui suit. Seules des femmes sont là, elles veillent, silencieuses et agenouillées devant le Corps eucharistique, comme elles étaient là au pied de la croix. Au bout d’un moment, je reste seule. Et voici que le Seigneur m’appelle à me donner toute à Lui en effectuant ce beau geste de prostration dans cette Collégiale vide et silencieuse. Je m’allonge de tout mon long et face contre terre devant l’autel. Il me parle alors : « Tu es ma fille bien-aimée, je comprends ta révolte et je t’« ordonne » dans le secret de ton cœur. Va en paix ! »

Cette paix ne m’a plus quittée.

J’ai ensuite été à l’initiative d’un groupe de 7 femmes durant un an. Nous avons réfléchi, échangé et prié entre nous à la lumière de la Parole de Dieu. En juin, nous avons convoqué les prêtres du secteur à une rencontre préparée à l’avance pour lever les réticences, dans un climat fraternel. Nous avons exprimé nos frustrations et aussi nos idées pour que l’Église avance dans ce domaine. Et des avancées ont eu lieu : aujourd’hui, dans notre secteur, les femmes donnent la communion, participent à la cérémonie du lavement des pieds, prennent la parole dans les formations, se sentent mieux écoutées et prises en considération.

Je n’en oubliais pas pour autant l’appel reçu. Chaque année, lors de la prostration des prêtres au début de la cérémonie de la Croix du Vendredi Saint, je me sentais appelée avec de plus en plus d’insistance à poser ce geste en même temps qu’eux pour renouveler mon don total au Christ dans l’assemblée des fidèles. Pourtant la peur du « qu’en dira-t-on », de l’incompréhension, et une certaine pudeur me retenaient.

Mais en cette année 2019, ce n’était plus moi qui étais en crise, mais bien l’Église en raison des abus de certains clercs couverts par le silence de leur hiérarchie. Le temps me semblait venu pour que les femmes et tous les laïcs manifestent aux côtés des prêtres leur engagement dans l’Église, comme un signe d’espérance, comme une germination qui commence à lever…

Trois jours avant la cérémonie, à la fin de ma confession, en toute humilité, j’ai exprimé mon désir à mon curé. Il a écouté ma demande avec respect et bienveillance et m’a dit que la prostration n’était pas réservée aux seuls prêtres (Ce geste est effectué solennellement lors des ordinations des diacres et prêtres et aussi lors des cérémonies de vœux définitifs des religieuses et religieux). Il m’a demandé cependant d’être discrète et m’a proposé un positionnement dans une allée latérale. Et il a eu aussi l’idée de proposer à chaque membre de l’assemblée de faire le geste de son choix au moment de la prostration des célébrants. Deux autres femmes catéchistes, à qui j’avais expliqué mon geste à venir, ont désiré se joindre à moi.

Quelle émotion à ce moment là, interminable, alors que nous étions allongées sur les dalles glacées de l’église tandis que l’assemblée était à genou ! Je me suis relevée avec ces mots du Seigneur : « Marie-Claude, je t’ordonne prophète pour mon Église. »

Embrassades à la sortie entre nous trois, et d’autres ami(e)s solidaires de notre initiative.

Mes sœurs, cher-e-s baptisé-es, laissons-nous conduire par l’Esprit, agissons avec audace et foi là où nous vivons, avançons dans tous les domaines possibles, inventons de nouveaux chemins !

Nous tou-te-s, depuis le jour de notre Baptême en Christ, sommes prêtres, prophètes et rois !