Violence sexuelle dans les conflits armés 

Rubrique: 
Auteur.e: 
Paola Cavallari
Date: 
03/05/2019

 

Violence sexuelle dans les conflits armés : le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte une résolution dont on ne saurait se satisfaire. 

Nous relayons le communiqué de presse de nos amies italiennes de l’Observatoire interreligieux sur ce sujet, et nous nous y associons.

 

En tant que femmes de l’Observatoire interreligieux sur la violence à l'égard des femmes, nous exprimons notre indignation face à la réticence de la résolution adoptée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la violence sexuelle dans les conflits armés (n° 2 467 du 23 avril 2019). C’est très articulé dans le texte ; il recommande en effet à toutes les communautés, y compris religieuses, de jouer un rôle plus actif dans la défense contre les violences sexuelles dans les conflits, d'éviter la marginalisation et la stigmatisation des victimes et de leurs familles, et de s'engager à les aider pour assurer leurs propres besoins (réintégration sociale et économique). En outre, le document reconnaît qu'il est important de soutenir et de promouvoir les organisations de femmes, les chefs religieux et les leaders communautaires pour que la stigmatisation de la violence sexuelle passe de la figure de la victime à celle du violeur. 

Mais la résolution nous déçoit et nous offense quand même à cause de sa réticence à l’égard de la question de la santé sexuelle et reproductive des femmes violées. Pour éviter une faillite totale de l'accord, la ligne proposée par D. Trump a été acceptée : selon lui cette proposition constituait un laisser passer pour l'avortement, et donc les femmes violées en temps de guerre n'ont pas le droit d'avorter... 

Nous notons d'ailleurs que la mise en place d'un mécanisme formel de surveillance et de compte rendu des atrocités commises pendant la guerre, à laquelle s'opposaient les États-Unis, la Russie et la Chine, trois des nations les plus puissantes du monde, a été supprimée du texte. Le secrétaire général Guterres a déclaré que les violences sexuelles continuaient de constituer une caractéristique horrible des conflits dans le monde et "sont délibérément utilisées comme une arme de guerre". "Nous devons reconnaître que le viol pendant la guerre affecte principalement les femmes parce qu'il est lié au problème de la discrimination sexuelle", a-t-il poursuivi. Malgré cela, le veto des États-Unis a nié la dignité humaine et le respect – et en tant que femmes de foi, nous disons également miséricorde – aux femmes qui sont horriblement offensées et violées. 

Le viol de guerre a une longue histoire dans les cultures patriarcales. Il a de nombreuses significations, y compris celle d'humilier le pays ennemi et de consolider le pacte homophobe criminel entre les agresseurs. C'est un acte brutal, trop souvent vécu dans le silence et la honte de la victime ; acte de cruauté féroce dont les conséquences dévastatrices sur l’intégrité de la personne sont très graves. Si, en outre, la femme est également blessée par l'humiliation d'être enceinte de son prédateur, un autre harcèlement s'ajoute à l'oppression. Il est nocif de lui imposer cette "lourdeur", de la forcer à accueillir dans ses entrailles la présence d'un fœtus qui ne peut être que le signe de cet immense malheur. Chacune sera alors libre de choisir son destin, mais justement : elle aura le droit de le choisir. Et le soutien ne doit pas manquer, quel que soit le choix. Reprenant les mots de la juriste Paola Di Nicola et les paraphrasant, nous affirmons que ce qui s’est passé à l’ONU est une atteinte très grave aux droits de toutes les femmes du monde. 

Ne pas avoir expressément écrit qu'après une guerre, une femme violée a le droit de bénéficier d'une protection de sa santé et de la possibilité légale d'avorter est intolérable. Nous devons tous veiller à ces lois : lors des procès de Nuremberg et de Tokyo, bien que le viol ait déjà été prévu comme un crime, il n'a pas fait l'objet de poursuites. En fait, il n’est pas toujours suffisant qu’il y ait des lois, mais il est également nécessaire qu’il existe un contexte culturel capable de les incorporer et de les appliquer.

 

 

 

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
FZ

"Ce qui s’est passé à l’ONU est une atteinte très grave aux droits de toutes les femmes du monde."
" Ne pas avoir expressément écrit qu'après une guerre, une femme violée a le droit de bénéficier d'une protection de sa santé et de la possibilité légale d'avorter est intolérable."