Conclave des femmes, un an après

Auteur.e: 
Anne SOUPA

conclaveLe 9 mars 2013, 72 femmes tenaient conclave à l’église Saint Merry, à Paris. Non pour singer le conclave masculin par une véritable élection, mais pour se poser des questions de fond : de quoi a prioritairement besoin l’Église de demain? Leurs réflexions nous ont valu une quinzaine de contributions, toutes prononcées au conclave. Nous les mettons en ligne, par les liens ci-dessous.

Vous serez, je le pense, impressionnés de voir combien toutes sont incarnées dans une vie riche, évangélique, tournée vers autrui. Ces femmes ont beaucoup à dire….Quelle tendance se dégage de leur parole? Á l’unanimité, elles demandent une Église de la bienveillance, de la miséricorde et non plus une Église de la Loi. Belle clairvoyance qui confirme encore qu’elles seraient toutes - ou seront – de très bonnes cardinales et même de bonnes papesses….

Quatre jours plus tard, François était l’élu du conclave masculin. Un homme de miséricorde et de bienveillance. Nous saluons la venue de ce pape proche de l’Évangile à qui nous voulons faire confiance. Pas à pas, il engage la réforme de l’Église, celle qui la met « en tenue de sortie »..

Mais au sujet des femmes, où en sommes-nous? Á plusieurs reprises, le pape a fait des allusions éparses sur le sujet, évoquant son souhait de voir grandir la place des femmes et appelant de ses vœux une « théologie de la femme ». Oups…. la formule est inquiétante, car c’est un concept vide, qui fait appel à un différentialisme sournois et absent des Écritures.

Dans son exhortation apostolique du 24 novembre 2013, le pape va un peu plus loin. Il dit :

« Les revendications des droits légitimes des femmes, à partir de la ferme conviction que les hommes et les femmes ont la même dignité, posent à l’Église des questions profondes qui la défient et que l’on ne peut éluder superficiellement. Le sacerdoce réservé aux hommes, comme signe du Christ Époux qui se livre dans l’Eucharistie, est une question qui ne se discute pas, mais peut devenir un motif de conflit particulier si on identifie trop la puissance sacramentelle avec le pouvoir. Il ne faut pas oublier que lorsque nous parlons de pouvoir sacerdotal « nous sommes dans le concept de la fonction, non de la dignité et de la sainteté ». (…) C’est un grand défi qui se présente ici aux pasteurs et aux théologiens, qui pourraient aider à mieux reconnaître ce que cela implique par rapport au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église (Evangelii Gaudium; § 104, avec un renvoi entre guillemets à Christifedeles laïci de 1988).

En distinguant le sacerdoce ministériel du pouvoir, le pape laisse entrevoir un accès possible des femmes au diaconat et peut-être même au cardinalat. Pour le diaconat, le dossier théologique est établi depuis plus de vingt ans et rien ne bouge… Pour le cardinalat, il suffirait d’abroger le canon 351 et quelques autres du Code de droit canonique de 1983, qui, à l’inverse de celui qui le précédait, stipule que les cardinaux doivent être prêtres. Des laïcs hommes et femmes pourraient y accéder.

Mais cet espoir a déjà été démenti dans une interview où le pape a dit que l’ordination des femmes au cardinalat était « une plaisanterie, que les femmes avaient besoin d’être valorisées, et non cléricalisées. »

Je pense que c’est François le rusé qui a répondu, par une parole un peu « tordue ». Car c’est la papauté elle-même qui a cléricalisé le cardinalat lors de la refonte du Code de droit canonique, en 1983 ! Jusque là, des laïcs pouvaient devenir cardinaux. Si être cardinal est « clérical », alors les femmes n’accèderont jamais à une reconnaissance digne de ce nom.

Le cardinalat, en effet, est essentiel, il permet d’être acteur de la vie de l’Église en choisissant le pape. Le patriarche de l’Église orthodoxe russe est élu par un collège de près de six cent personnes où figurent des laïcs, hommes et femmes. Serait-ce que le pape entend instaurer un deuxième collège d’électeurs? Je ne peux croire que, délibérément, il instaure ainsi un double bind, une double contrainte insoluble : d’un côté les fonctions essentielles sont « cléricales », de l’autre, c’est une plaisanterie d’y mettre des femmes. Ces paroles pourraient être comprises comme une énième fin de non recevoir.

Par ailleurs, dire que les femmes ont besoin d’être « valorisées » laisse entendre - encore ! - que l’Église « se penche » sur ces pauvres femmes. Je pense donc que c’est une parole de circonstance, comme le pape en a prononcées déjà plusieurs, et qu’il est sans doute préférable de ne pas y accorder trop d’importance.

En somme, sur ce sujet le bilan de la première année d’exercice du pontificat de François est maigre.

Tout ceci peut faire craindre que les yeux du pape ne soient pas encore ouverts sur cette très grave faute de notre Église, faute contre la justice, contre la « sororité » la plus essentielle, et contre l’Évangile.

 Tout reste donc à faire. Peut-être que l’ouverture aux laïcs qui devrait prendre une ampleur nouvelle va amener un autre regard, plus « moderne » et contribuer à faire changer les mentalités misogynes romaines ? François a 76 ans. Dans le cours de sa vie, il n’a pas croisé de front l’émancipation féminine. Le mieux qui pourrait advenir est que d’autres, qui auraient sa confiance et seraient investis d’une responsabilité sur ce sujet, puissent, eux, faire avancer les choses.

Anne Soupa


Conclave des femmes, 9 mars 2013

Allocution d’Anne Soupa, présidente du Comité de la Jupe

 

Thème 1. Les urgences de notre temps

1.1 Blandine : Trois urgences pour notre temps

1.2 Monique Durand Wood : Urgences du temps présent

1.3 Françoise : Le monde rejette l'Église, donnons-lui à voir le Christ

Thème 2 : Quelle est notre foi ?

2.1 Marie-Paule Défossez : Un peuple de Bons Samaritains

2.2 Yvonne Belaunde : Dieu, nul ne le possède

2.3 Marie-Hélène Sallard : Que faire du mal ? Petite méditation biblique

Thème 3 : Quelle est la mission de l’Église ?

3.1 Sœur J. L. : Comment l’Église témoigne-t-elle d’un Dieu bienveillant ?

3.2 Catherine : Quand l’Église s’aventure sur le chemin de l’espérance…

3.3 Jacqueline Lach-Andreae : Pour une Église nomade

Thème 4 : Quels moyens se donne l’Église pour se configurer à sa mission ?

4.1 Claudine Onfray : Comment l’Église peut-elle répondre demain à sa mission ?

4.2 Nicole Lemaître : La mission de l’Église : être signe de Dieu et peuple de Dieu

4.3 Églantine Jamet Moreau : Les moyens que se donne l’Église pour sa mission : L’ordination des femmes à la prêtrise

4.4 P. M. Z. : Femmes dans l’Église : pour une stratégie de la créativité

Thème 5 : Quels actes prophétiques proposer ? Discussion en salle

5.1 Sœur Gisèle Turcot : Message au conclave des femmes

Commentaires

oui un an après un grand espoir se lève mais les femmes seront-elles les dernières servies ?? Dans La Croix de ce jour peu de lignes ........quelques mots sur les émissions à regarder sur les femmes ..............c'est un peu court!!! j'espère que notre Pape François va être un peu plus inventif...........j'en suis sûre!! et chers clercs si attentifs à votre pouvoir et à votre importance laissez leur une place en ce dimanche , pas celle de servante d'assemblée, par celle qui n'est plus digne de .......redevenue impure ..........l'indispensable servante ......... non une vraie place : celle qui annonce la Résurrection Belle journée à toutes , à celles des tâches monotones, des réalités concrètes Femmes de tous pays luttant pour la Paix et la survie pour leurs enfants et leurs familles Femmes éprouvées par le deuil ou la maladie mères courage femmes aux mille visages

François laisse entendre que la porte que tiennent les gonds pourrait s'entre ouvrit tout en la fermant à double tour avec les clés de Pierre: c'est pas rusé, c'est bête. Voilà qui donne du crédit à l'accusation que porta à son encontre Gracelia Yorio, sœur d'un jésuite torturé, quand il devint pape François: « Je n'en crois pas mes yeux. Je suis si angoissée et furieuse que les bras m'en tombent. Il est arrivé à ses fins. C'est la personne idéale pour cacher la corruption morale, un expert ès cachotteries ». http://www.lavie.fr/actualite/monde/jorge-mario-bergoglio-et-la-dictature-argentine-que-sait-on-vraiment-19-03-2013-37996_5.php

Jean-Pierre, je crois que vous êtes exagérément pessimiste. Ce qui ne veut pas dire que François peut réussir. Quand à l'attitude de Jorge Mario Bergoglio pendant la dictature, au bout d'une année de pontificat, s'il devait y avoir des révélations fracassantes, on les aurait eues.

Je me considère comme conservateur et je soutiens le saint Père dans cette tâche de donner plus de responsabilité aux laïcs .L’essentiel c'est qu'on ne touche pas d'une façon ou d'une autre au dogme "de la non ordination sacerdotale aux femmes" . Je pense aussi (mais là ce n'est que mon avis même si je le partage avec le cardinal Kasper et Muller ) que les Congrégations qui exigent un pouvoir de juridiction devraient être dirigées uniquement par les évêques .

Pierre Bastin vous vous rendez compte de ce que vous dîtes en 2014 ! la non ordination des femmes un dogme!! vous savez , vous pouvez penser ce que vous voulez : l'histoire va balayer tout cela une certaine forme de mépris et d'esclavage ne pourra durer et comment justifier en tant que chrétiens des sous baptisés! je n'exige pas l'ordination des femmes !!! mais je m'insurge sur une impossibilité dogmatique !!au nom de la dignité de l'être humain

@ Patrice, Je pense qu'il y a de la place, parmi ceux qui veulent donner plus de responsabilités aux laïcs, pour des opinions très diverses. La vôtre est ainsi, reste à savoir si elle est "stratégique", ce que je comprendrais fort bien, ou si elle est "ontologique", ce qui me choquerait davantage. Comme vous sans doute, je pense que c'est un sujet clivant et que le pape devrait commencer par oeuvrer au niveau symbolique plus qu'institutionnel. Et au niveau symbolique, il peut faire beaucoup, d'une manière plus saine que ses prédécesseurs, qui ont flatté les femmes de manière éhontée. Mais sur le fond, je pense que la non acceptation des femmes est le symptôme majeur de la grave crise de l'Eglise.

Voir aussi : http://www.huffingtonpost.fr/anne-soupa/le-pape-francois-peut-il-faire-avancer-cause-des-femmes_b_4920651.html?utm_hp_ref=france

@claudine onfray , Après avoir lu, étudié (à mon humble échelle), médité cette question j’ai choisi de croire et d’accepter l’enseignement de l’Eglise qui me dit que « l'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Église ». C’est mon choix en tant que fidèle de l’Eglise je ne vous l’impose pas .Mais sachez seulement si ça peut vous rassurer que ce choix d’obéir et d’accepter l’enseignement de l’Eglise sur cette question n’est pas une forme de violence faite à ma conscience individuelle ou une paresse intellectuelle, mais un mode normal de l’exercice de ma conscience et de mon intelligence.

@Patrice Bastin Ami, nous ferons un parallèle entre la comparution de Jésus devant Pilate, procurateur de Judée, bien embarrassé de devoir le juger et le cas de la femme occidentale catholique devant sa Hiérarchie. Des femmes qui osent dire : nous sommes en tout l'égale de l'homme et toute "fabrication théologique en dehors des textes évangéliques et des gestes de Jésus le Christ " est une discrimination sexiste dont le but est de les évincer du sacerdoce ordonné car c'est là que réside tout le pouvoir de juger, d'enseigner, de parler...." Osé, oui c'est vraiment osé. Vous n'allez pas aimer. Cette femme, Ami, tu vas la "camper" presque nue sous son manteau rouge du sang qui a fait si longtemps d'elle une impure..., tu lui mettras une couronne d'épines durement enfoncée sur son opulente chevelure si longtemps considérée comme le symbole de sa séduction, elle sera debout et silencieuse. Qu'opposer au représentant du pouvoir, si ce n'est ce silence que l'Apôtre Paul dans l'épître à Timothée prescrit : " Pendant l'instruction, la femme doit garder le silence en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de dominer l'homme". C'est cela Ami, campe la silencieuse, mais dessine lui un regard qui voit loin, plus loin que les limites de ce tribunal . Un regard habité, accompagné, presque hypnotique à force d'être nié dans sa vérité. Un regard qui ne juge pas, ne condamne pas et pourtant interroge "Pourquoi ?" Pourquoi faire de notre "soumission-sacrifice de soi" le marche-pieds de votre pouvoir ? Pourquoi, vous qui êtes nos frères, nos pères, nos fils, nos neveux ? En face d'elle, si peu sûr de Lui dans la violence de ses condamnations, tu dessineras le "PUISSANT", le symbole de toute cette hiérarchie monarchique, le "César catholique". Une sorte de Pilate malmené par la curie, les lobbies , bref tout ce qui ne peut vivre et s'épanouir en dehors de » l'entre-soi » de la tradition. Attache-toi Ami à lui donner cette fragilité dévorante que donne le pouvoir. Une fragilité qui doit tout à l'humilité de sa bonne conscience et aux chaînes du système "Nous avons une Loi, et selon cette loi ....." Dessine le dans son trouble et son désarroi, et place tout à côté de Lui les écrits de ses prédécesseurs. Que faire quand on ne sait que décider si ce n'est s'en remettre aux autres...à ceux qui ont déjà tranché ? Nous avons vu comme en un cauchemar , tout à côté de Jésus, nous avons vu, oui de nos yeux vu, cette femme toute de rouge vêtue couronnée d'épines, qui traînait la chaîne aux pieds.

là vous me sidérez même s'il y a bien d'autres questions à voir avant! et plus urgentes le seul Prêtre est le Christ sur quel fondement peut-on décider entre hommes bien sûr d'une telle Vérité : à savoir que le Christ n'aurait en aucun cas souhaité des femmes je vous signale qu'il n'a pas non plus ordonné des hommes ......... le baptême fait de tout enfant sans distinction des prêtres, prophètes et rois

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