Machisme des religions, comment en finir ?

Auteur.e: 
Anne SOUPA

Avec la conférence qui porte ce titre (voir annonce dans le bandeau à droite), le Comité de la jupe pose la question de fond. Il ne s’agit plus d’aller enquêter du côté de nos sources, de vérifier une énième fois que non, nous ne rêvons pas, les femmes sont bien de l’espèce humaine et non des épigones d’une race animale, que, oui, la Bible leur reconnaît égale dignité et égale participation au peuple de Dieu, que, oui, le prêtre masculin et célibataire version 2014 n’est que l’un des héritiers possibles de l’institution des Douze voulue par Jésus et qu’il est très loin d’en remplir toutes les fonctions (je pense à la demande formulée par Jésus de « guérir toute maladie et toute langueur », Matthieu 10, 1). Non, il ne s’agit plus d’aller chercher dans nos sources ce qui crève les yeux : la main mise machiste sur les Églises n’est pas voulue par leurs fondateurs, elle est l’œuvre, (hier inconsciente, aujourd’hui fort consciente), de ceux qui en ont assuré la direction, tous des hommes. Il s’agit maintenant d’une chose et d’une seule : comment en finir ? Que faire devant les immobilismes récurrents, devenus tellement intenables dans des sociétés modernes qu’ils se maquillent désormais en flatteries, en tentatives de séduction envers les femmes, en nominations cosmétiques à des postes de visibilité maximale pour une responsabilité effective minimale ? Oui, que faire ? Certes, le comité de la jupe a déjà un passé consistant en matière d’actions concrètes. Il a porté plainte aux tribunaux ecclésiastiques, il a vigoureusement dénoncé les discriminations non fondées dans la liturgie, par la cartographie que nous avons mise en ligne, il assure depuis un an des cercles de parole sur des lieux publics, il a tenu conclave de femmes en mars 2013… Et la peur de voir les dames de la jupe clouer au pilori tel ou tel évêque a freiné pas mal d’ardeurs différentialistes. Désormais, on réfléchit un peu avant de parler sur ce sujet. Mais les choses ne bougent pas pour autant. Si certains évêques ouvrent courageusement leurs conseils épiscopaux à des femmes, d’autres, au contraire, organisent activement leur éviction de l’autel (impureté oblige !), de la direction des écoles catholiques, des services diocésains, ce qui oblige au triste constat que la cause des femmes a régressé depuis les années 80 ! Aussi, l’union faisant la force, et les choses allant parfois aussi mal dans les autres religions qu’au sein du catholicisme, nous avons décidé de chercher ensemble, avec des représentantes des trois monothéismes, Janine Elkouby, juive, Hanane Karimi, musulmane, et Églantine Jamet-Moreau, catholique, ce qu’il convient maintenant de faire, concrètement. Nous espérons que les expériences des unes et des autres seront utiles à d’autres, que les idées fuseront, que des synergies se dessineront, que des projets se bâtiront. Faut-il que les femmes fassent grève ? Faut-il qu’elles demandent aux hommes de refuser toute contribution à la liturgie si les femmes en sont exclues ? Faut-il porter plainte aux tribunaux civils pour discrimination ? Faut-il, faut-il … Á vous maintenant la parole. Vous l’aurez si vous venez nous rejoindre le 12 mai à 20 h30 à l’église Saint Merry, 76 rue de la Verrerie, 75004 Paris. Un long temps de débat sera ménagé. Et que ceux et celles qui ne pourraient pas être des nôtres ce soir là nous donnent ici dès maintenant leurs commentaires, leurs idées, leur techniques, leurs expériences. Elles seront précieuses et nourriront notre débat. Anne Soupa, présidente du Comité de la Jupe

Commentaires

Bonjour ! Je regrette que vous n’ayez pas invité une femme présidente d'un conseil presbytéral d'une paroisse de l Église Protestante Unie de France! J'en parle d'autant plus à l'aise que j'ai fait le choix de vivre ma foi dans une de ces paroisses. Je ne supportais plus ce retour en arrière que connaît actuellement l Église Catholique Romaine et cette main mise macho de célibataires sur toutes les décisions concernant les femmes et les familles. On se base toujours sur ce qui se passe dans l Église Romaine pour dire que le Christianisme est macho !!! Il est jamais trop tard pour inviter une Témoin Très bonne soirée, je serai avec vous en pensées car ce soir-là j'assiste au CP de ma paroisse. Anne-Marie

Il semble que faire savoir qu'on est prêt à agir en justice est un préalable nécessaire pour être pris au sérieux. Au niveau national, le traité France Vatican par lequel les clés des églises sont remises aux évêques -et non à des associations paroissiales- pourrait être un élément, même si cela déborde du sujet "place des femmes". Au niveau de l'Europe, le rapport de février 2013 "droits de l'homme et religions"*, rédigé par un groupe de travail en lien avec le Conseil de l'Europe, est à prendre en considération. Son rapporteur, François Becker, est Vice-président de DLE – Droits et Libertés dans les Églises, et chargé par le Réseau Européen Églises et libertés des relations avec le Conseil de l’Europe **. Après examen, j'adresserai à Anne un "regard" sur ce rapport. * http://www.coe.int/t/ngo/Source/Conf_HR_GT_DH_religions_fr.pdf ** http://fhedles.fr/nos-actions/reseau-europeen-eglises-et-libertes/

@Jean-Pierre : MERCI pour ce lien. C'est un doc. à travailler.

je ne pourrai être là, étant en province pour plusieurs mois. C'est une excellente initiative. je suis de l'avis d'Anne-Marie: on se focalise sur l'Eglise romaine, mais il y a les Eglises d'Orient, dont on parle peu, et pourtant…elles souffrent de persécutions, et elles ont des positions différentes sur certains points cruciaux, comme le mariage et la séparation. Ce n'est pas uniquement sur la présence /absence des femmes qu'il faut travailler; mais sur la misogynie, véhiculée par les femmes elles mêmes comme par les hommes: à quoi sert d'avoir des femmes demeurées les oppresseurs des autres femmes, et prêchant des normes inhumaines ? Un moyen de lutte en direction de l'opinion publique me parait être de simples photographies de femmes portant des panneaux où sont inscrits en majuscules une phrase particulièrement offensante qui leur a été dite par un prêtre ou un laïc, dans le contexte de l'Eglise. Il n'y a pas de commentaire, donc ce n'est pas source de débats hypocrites sur l'interprétation. Cela se fait pour le racisme. C'est juste une piste…. Quant à en finir, il faudrait d'abord en finir avec le machisme dans la société civile, et ce n'est pas demain la veille. Les florilèges de propos sexistes et méprisant qui sévissent partout sont assez parlants. Artistes, hommes politiques, sportifs, journalistes, ils continuent à parler de nous,sur nous, à notre place. je dirais comme dans le clip sur la violence conjugale "ne laissez plus votre curé parler à votre place"….

Michelle!Peut_ètre me suis-je mal exprimée!Je voulais dire qu il y a des Eglises Chrétiennes telles l EPUF qui ne sont pas matcho et où la femme tient la même place que l homme(vir)et où je n ai jamais entendu ,dans les dernières années, la moindre récrimination ênvers une femme pasteur ou une prédicatrice laîque .

Bonjour Anne-Marie, je vous comprends et suis sur le fil de faire comme vous. Peu suffit pour voir que nous avons le choix entre passer notre vie à dénoncer des absurdités ou dépasser ces absurdités en vivant où elles ne sont pas. Avec le temps j'ai vu combien l'Eglise catholique formate ses baptisés à la peur. J'ai participé au tout début du Comité de la jupe, nous rêvions juste mais nous rêvions. La situation des femmes dans l'Eglise catholique n'a pas bougé d'un cil -n'est ce même pas pire encore en réalité?- et le Vatican en est encore à proposer un Synode sur La famille comme si n'existait qu'un type familial, le sien, les autres sont des irréguliers, irréguliers pour cette institution et elle seule. Qui est irrégulière en vérité? Qui s'obstine à éduquer les baptisés en souffrance permanente derrière de jolis mots? Et Jésus dans tout cela? A quoi reconnaît-on un catholique dans un champ de chrétiens: Le Pape a dit, l'Evêque a dit, le curé a dit. Tout tourne autour de cela, pendant ce temps Jésus attend...

Que faire pour sortir du machisme ambiant de l’Eglise catholique romaine ? Depuis le temps que je milite et réfléchis à cette question je me heurte à un mur de verre. Un verre doublement renforcé par l’accord tacite de femmes en mal de révérence envers les clercs et pour lesquelles l’anthropologie morale de Jean-Paul II est la seule référence. Mon opinion est que seul le monde profane, notre société, est en mesure de comprendre l’importance de la question pour l’avenir de l’Eglise, de sentir la gravité de la « différenciation des sexes » qui n’est autre que de la discrimination sexiste. Le Magistère s'est embourbé, il n'a plus de vision .En effet, la question est désormais « tabou » chez les catholiques et même les plus ouverts et les plus intelligents de nos clercs gardent « bouche close » de peur de laisser passer un mot de trop. Il faut beaucoup de courage aux femmes du Comité de la Jupe , à Anne SOUPA et Christine PEDOTTI pour publier sur ce sujet. Mais ce courage est « porteur » et correspond à un charisme attendu . Je suis de tout cœur ( corps et âme ) avec elles. Notre arme la plus performante est actuellement la plume. Je crois beaucoup à la pédagogie, au rappel à temps et contre temps du non-sens de tout ce qui est dit et enseigné sur ces questions dans l’Eglise catholique. Insister sur l'injustice qui en résulte . Surtout ne plus dire : « ce n’est pas la peine d’aborder ce sujet, c’est trop tôt ». C'est toujours l'heure de lutter pour la justice. J’invite donc à une grosse production éditoriale sur le sujet. Le temps est à l’image, il faudrait donc aussi se donner les moyens de créer un événement médiatique, un rassemblement fort à l’image de celui qui est proposé le 12 Mai à Paris à Saint Mery. Un rassemblement longtemps préparé à l’avance pour que les associations de femmes et les provinciales puissent y participer. Un rassemblement qui dépasse nos frontières, qui ait une coloration européenne, qui pourrait donc se situer à Strasbourg et qui affiche clairement la lutte contre la discrimination sexiste. Affirmer que la discrimination est le "lieu" de notre lutte car c'est une notion que tout le monde comprend. Alors que "la différentiation " est une notion qui sent le particularisme catholique et qu'on abandonne aux règles religieuses. J’ai pensé rassemblement, car c’est propice à la mise en images, mais il y a aussi une marche, une longue marche, une sorte de marche-relais qui passe de régions en régions et dresse un tableau des demandes des femmes et puisse donner lieu à un document filmé.. Résumé : Faire parler de notre LUTTE contre LA DISCRIMINATION ou la « Différenciation » pour que l’Eglise ne puisse pas se boucher les oreilles. En effet, l’Eglise ne peut pas vivre en dehors de la société. Merci Anne pour l'excellent article paru dans les colonnes du "Monde". Trois fois Merci.

@ Anne-Marie . Le message d’Anne-Marie m’interpelle. En effet, pourquoi n’avoir pas invité une femme présidente du conseil presbytéral de l’ Eglise protestante Unie de France? Leur expérience est très intéressante et pourrait être enrichissante. Je connais des prêtres qui se réjouissent de pouvoir travailler avec des femmes-pasteurs et disent combien ils en ressortent enrichis. Il y a beaucoup à recevoir des expériences des "réformés" de leurs difficultés, des écueils qu'ils ont réussi à dépasser.

je serai là Anne excellente initiative même si les solutions vont être difficiles car les femmes participent à leur enfermement !!!! la grève aurait été mon rêve car enlever les femmes et pas un curé ne tient!! mais pour beaucoup d'entre elles c'est impensable claudine onfray

@ Anne-Marie, oui, nous avons envisagé d'inviter une femme venue de l'EPUF. Mais nous avons pensé que le temps de parole serait un peu bref pour chacune et que les religions concernées par ce machisme le sont tellement qu'il fallait leur laisser du temps. Une autre occasion se présentera bien un jour de débattre directement entre catholiques et protestants sur ce sujet.

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