Le Pape lave les pieds d’une femme

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Regardez cette photo : c’est une « bombinette » que nous apporte le bon pape François : il lave les pieds d’une femme !

Á quelques jours du jeudi saint, l’annonce ne pouvait mieux tomber. Elle va rendre un grand service à toutes les femmes qui sont exclues des services de l’autel (servants d’autel, lectures de la liturgie, distribution de la communion et lavement des pieds), à tous les croyants qui aspirent à une Église ouverte et fraternelle.

Regardez-la avec joie car elle exauce l’une de nos requêtes les plus fortes : rendre aux femmes leur légitimité dans la vie liturgique.

Si votre paroisse fait partie de celles qui excluent les femmes de sa vie liturgique, cette photo sera une aide précieuse.

Faîtes-la connaître à vos proches, montrez-là aux curés qui barrent l’accès des femmes aux services liturgiques, et surtout, refusez désormais de plier devant des exclusions blessantes et non fondées.

Et faites-nous connaître le résultat de vos démarches en déposant un commentaire à la fin de l'article.

La cause en vaut la peine !

Pour en savoir plus sur l’histoire et le sens du Lavement des pieds, lisez l’article ci-dessous.

Anne Soupa

Article publié sur le site du Comité de la Jupe ler février 2012

Avec   la   célébration   du   Jeudi   saint ,  revient   le   Lavement   des   pieds ,  qui   reprend   le   geste   de   Jésus   envers   ses   disciples .  Quelle   est   l ’ histoire   de   ce   geste  ?  Quel   sens   lui   donner  ?

L’évangéliste Jean a choisi de rapporter le Lavement des pieds à la place de l’institution de la Cène. Il souligne ainsi l’aspect existentiel de l’Eucharistie. Le mémorial du dernier repas et de la vie donnée de Jésus Christ pour la vie du monde s’actualise en chaque chrétien en amour-service du frère. L’aspect sacramentel et l’aspect existentiel du dernier Repas ne peuvent être séparés.

« Avant   la   fête   de   la   Pâques ,  Jésus   sachant   que   son   heure   était   venue ,  lui   qui   avait   aimé   les   siens   qui   étaient   dans   le   monde ,  les   aima   jusqu ’ à   l ’ extrême …. Jésus   se   lève   de   table ,  dépose   son   vêtement   et   prend   un   linge   dont   il   se   ceint .  Il   verse   ensuite   de   l ’ eau   dans   un   bassin   et   commence   à   laver   les   pieds   des   disciples   et   les   essuyer   avec   le   linge   dont   il   est   ceint  » (Jn 13, 1. 4-5).

Deux remarques, au préalable. Jean ne restreint pas ce geste aux seuls douze apôtres, et l’on sait par ailleurs que parmi les disciples il y avait des femmes qui « suivaient Jésus ». Cette dernière qualité contribue à définir un « apôtre ». La deuxième remarque est que dans aucun des récits évangéliques, la Cène - avec l’institution de l’Eucharistie – n’est pas d'abord une institution ministérielle. Elle est mémorial de la Nouvelle Alliance de Dieu avec l’humanité en Jésus Christ.

 

Un peu dhistoire

Dès les premiers temps de l’Église, ce geste d’humble service de Jésus est pratiqué, mais pas toujours en relation avec le Dernier Repas et l’institution de l’Eucharistie.

Saint Athanase et Saint Amboise évêque de Milan, mentionnent que l’évêque, avant de baptiser les catéchumènes, leur lave les pieds, posant ensuite par trois fois le talon du catéchumène sur son front.

Origène puis Saint Augustin y voient un rite pénitentiel lavant les péchés commis aux « extrémités de notre être ». Saint Macaire le relie avec l’eucharistie, car il institue une « communion de charité dans le service de l’autre ». Selon aussi la belle formule de Saint Augustin : « Il n’y a de Présence Réelle que si elle est réalisante », c'est-à-dire réalisant la communion dans la charité reçue et vécue.

Au 4e siècle ce rite précède la communion chaque jour, y compris pour les voyageurs.

Au Moyen Age ce rite s’appelle Mandatum (« commandement », en latin) ou Mande ou Mandet, pour rappeler le Mandatum   Novum (commandement nouveau) donné par Jésus. Il est largement pratiqué par les souverains rois et reines, les évêques, les abbés, en général autour de Pâques. Il vaut œuvre de bienfaisance.

Au temps de la Réforme, à Rome, le Lavement des pieds était distinct de la liturgie eucharistique de la Cène du Jeudi Saint. Le pape lavait les pieds, déjà bien savonnés au préalable… de 13 prêtres pauvres. Il était ensuite offert à ces prêtres un bon repas, le pape servant le premier plat et le premier verre de vin, mais sans partager leur repas... Luther et Calvin ont aboli ce rite jugé théâtral et sans vraie charité. C’est d’ailleurs un Jeudi Saint que le pape excommunia Luther le matin et pratiqua le Lavement des pieds l’après-midi. Cependant certaines églises protestantes ont conservé le Lavement des pieds dans leur célébration du Jeudi Saint.

L’Église anglicane l’a repris il y a un peu plus d’un siècle, de même que l’Église orthodoxe russe. L’Église orthodoxe grecque, les églises orientales arméniennes, coptes… l’ont toujours pratiqué.

 

Aujourd ’ hui   dans   nos   paroisses

Il est intéressant de lire ce qu’en dit le missel romain : «  Après   l ’ homélie ,  dans   laquelle   on   met   en   lumière   les   mystères   principaux   que   célèbre   cette   messe ,  à   savoir   l ’ institution   de   l ’ Eucharistie   et   du   Sacerdoce ,  ainsi   que   le   commandement   du   Seigneur   sur   la   charité   fraternelle ,  on   procède   au   lavement   des   pieds ,  là   où ,  pastoralement ,  il   semble   bon   de   le   faire .  Les   hommes   qui   ont   été   choisis   sont   conduits   aux   sièges   qui   leur   ont   été   préparés   à   l ’ endroit   le   plus   apte .  Alors   le   prêtre  ( après   avoir   déposé   la   chasuble ,  si   c ’ est   nécessaire )  verse   de   l ’ eau   sur   les   pieds   de   chacun ,  puis   les   essuie ,  aidé   en   tout   cela   par   les   ministres  ».

Par le choix « d’hommes », il semblerait, en référence dans le même texte à l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, (la majuscule sous entendant ministère ordonné…) que ces hommes sont censés représenter les 12 apôtres. Le missel romain n’indique cependant pas de nombre…

 

Le lavement des pieds : un rite ou un appel à aimer ?

Est-il un simple rappel de l’abaissement de Jésus qui s’est fait serviteur de ses disciples et même de celui qui allait le trahir ? Un geste du passé sans impact dans nos vies…. Est il une valorisation des seuls ministres institués représentés par ces « hommes choisis » parmi l’assemblée et censés représentés les douze apôtres ? Un service de charité en vase clos…

Il est vrai que dans de nombreuses paroisses, femmes et hommes sont encore invités à bénéficier de ce rite, signifiant ainsi que l’appel Jésus à se faire serviteur s’adresse à tous ses disciples.

Ces questions montrent bien le flou qui accompagne aujourd’hui le Lavement des pieds. Ou bien le rite se limite aux desservants, ou bien il est signe de l’amour pour tous, et on voit mal alors pourquoi le missel romain le destine seulement aux hommes.

À chacun-e-s d’entre nous d’être attentifs, cette année, à la manière dont ce geste de Jésus, subversif et riche de sens, sera pratiqué pour faire vivre aujourd’hui le commandement nouveau : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé », sans aucune discrimination, respectant l’égale dignité des femmes et des hommes, disciples de Jésus. Soyons prêt-e-s à intervenir pour que ce rite continue à annoncer l’étonnante et révolutionnaire nouveauté de l’Évangile : le « maître » doit se faire le serviteur de ses frères et c’est à des femmes que Jésus a confié l’annonce de sa résurrection et seul l'amour vécu en actes sera la mesure de nos vies !

 

Claude Dubois

Article publié sur le site du Comité de la Jupe ler février 2012

Commentaires

Ces jours derniers, en écoutant commenter abondamment l'humilité du pape François, illustrée par sa décision d'aller laver les pieds de prisonniers au jour du vendredi saint, je n'ai cessé de réagir, - in petto et ex petto : « j'y croirai, à son humilité, lorsqu'il lavera les pieds d'une femme. » Eh bien ! C'est donc advenu ! Je suis sidérée. Émue. Réconfortée. Enchantée. Je vais faire usage de cette photo, bien sûr. Je prévois déjà qu'elle va en déstabiliser plus d'un… parmi ceux –là même qui faisaient profession, jusqu'à il y a peu, d’une papolâtrie ombrageuse … (Sa Sainteté par ci, Sa Sainteté par là. Jusqu'à il y a peu.) Mais elle va en réjouir beaucoup, beaucoup d’autres. Peut-on savoir où et quand elle a été prise ?

Le terme "bombinette" n'est pas me semble-t-il un terme approprié car trop connoté dans un contexte franco-français (référence à la stratégie de défense de la France). N'ayons fait peur des mots, il s'agit plutôt d'une "petite" révolution, (une révolutionnette ?) un signe très fort dans le contexte romain, qui nous l'espérons en laisse présager d'autres encore plus forts en direction des femmes, mais pas uniquement. Longue vie à François, évêque de Rome, mais donnons lui quand même la possibilité de démissionner dès qu'il ne se sentira plus la force de faire la "révolution".

si vous seriez intelligent vous ariez compris poruquoi le lavement des pieds ne se fait qu'à des hommes...; Tout simplement par respect: le prêtre à genoux devant une femme peut être g^énant aussi bien pour le prêtre que pour la dame! voilà pourquoi le missel précise des hommes!

@chauvet En effet, nous devons gravement manquer d'intelligence, et le pape François aussi. Merci de l'info. Profitez bien de la vôtre! Une dernière chose, il me semble que c'est plutôt une femme à genoux devant un homme qui me ferait songer à une situation inconvenante. Mais sans doute ai-je l'esprit non seulement borné mais très mal tourné!

Dans les petites villes et villages de province, les femmes sont présentes à 80% dans tous les services d'Eglise, y compris dans la vie liturgique : cette photo n'est donc pas un scoop ! Le problème, c'est de trouver des hommes qui veuillent bien s'investir un peu !!! Autre question : pourquoi le Comité de la Jupe et la CCBF ne regroupent-ils pas leurs 2 sites ? Ils ont des contenus similaires et une présentation identique. Y a t-il une raison historique ?

à Anne-Marie de la Haye Bien entendu, et contrairement ce que vous affirmez, je n'ai jamais dit que les femmes devaient être exclues de ce rite. J'ai tout simplement écrit qu'il y avait des raisons pratiques qui pouvaient compliquer la participation des femmes à cette action liturgique et que cela pouvait expliquer le choix d'hommes par certains prêtres. Je n'ai pas fait une dissertation théologique sur le lavement des pieds. Historiquement beaucoup de faits s'expliquent par des motivations purement pratiques. Si l'on se place au XVIIIè siècle croyez-vous que les femmes avec leur accoutrement de l'époque (bas plus pantalons plus robes) auraient pu participer au lavement des pieds ? Le port du pantalon par les femmes ne s'est répandu qu'au XXème siècle et féminisé dans les années 1970(voir l'excellent essai de la regrettée Christine Bard : "Une histoire politique du pantalon" Editions du Seuil 1 vol. ((392 p.-[8] p. de pl.)) : ill. en noir et en coul., couv. ill. ; 24 cm ISBN 978-2-02-100407-6 br. 22 EUR.) Pour conclure la discussion mieux vaudrait définitivement supprimer ce rite désuet qui fleure le théâtre de pacotille. Vous me répondrez sans doute que le théâtre et l'opéra sont nés dans le cadre de l'Eglise. L'éxemple que vous proposez de la célébration dans votre paroisse me semble bien artficiel et pour tout dire assez primaire. Je pense que le prêtre aurait mieux fait de délivrer un bon sermon sur le commandement du mandatum par le Seigneur. C'eut été plus efficace.Comprenez vous pourquoi dans les églises protestantes il n'y a pas besoin de se liver à ce rite parce que les pasteurs expliquent et commentent la parole de Dieu.

C'est un signe encourageant, un "symbole" très fort, le genre d'attitude qui va sans doute petit à petit faire évoluer les choses. A suivre donc.

Ce pape Francois me faisait deja une bien meilleure impression que Benoit XVI et Jean Paul Ii !!!

Oui, à suivre. En tout cas, signe très fort.

En évoquant « le lavement des pieds » je ne peux m'empêcher de penser: « Qui lavent les chaussettes blanches, noires, violettes ou rouges de ceux qui lavent les pieds? » Au Vatican, ce sont des « bonnes soeurs ». À Buenos Aires, c'était sûrement not'pape François, dans son petit appartement, pas loin de l'Évêché. De qui nos Prélats homophobes, vont-ils laver les pieds cette année?

Pages