« Laissez-nous vivre », le cri des femmes du Congo

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

« C’est au nom des victimes, qui ne savent plus comment pouvoir nommer un Dieu qui semble s’être  absenté durant leur calvaire que nous osons écrire ces lignes. » Ainsi débute l’une des lettres du dossier : « Laissez nous vivre », que nous a adressé le Père Bernard Ugeux, Père Blanc, profondément touché par les souffrances endurées par les femmes congolaises.

En effet, quelle parole adopter face à ce qui semble le mal absolu ?

Au Kivu, une région à l’est  de  la République démocratique du Congo, martyrisée par près de 20 ans d’une guerre oubliée, environ 500 000 femmes ont été violées par des groupes armés  et ont subies d’atroces mutilations sexuelles. Les enfants nés de ces viols sont stigmatisés dans les communautés. Les familles vivent dans la peur.

Les Églises congolaises ont dénoncé ces atrocités, elles ont créé des structures pour accueillir les victimes,  gèrent les écoles, s’occupent  des projets de développement, mais comment parler encore de Dieu à ces femmes qui ont vécu l’enfer ?

Les communautés chrétiennes ont du mal à aborder la question.

Bernard UGEUX, ancien professeur de théologie à l’Université de Toulouse, décide alors de réunir l’été dernier à Bukavu, un groupe de réflexion de treize  personnes, dont des infirmières, des psychologues et des théologiens catholiques et protestants. Objectif : faire connaître la situation, mais aussi et surtout déboucher sur un document pédagogique sous formes de lettres.

Celui-ci est en ligne, lisible et téléchargeable ici

Nous vous invitons à l’ouvrir, il est destiné à tous.

En effet, la réflexion sur les sévices subis par ces femmes et ces enfants nous concerne tous. Elle  va beaucoup plus loin que la situation du Congo, elle nous renvoie à tous les viols collectifs perpétrés en temps de guerre. Elle nous renvoie aussi à notre banal quotidien  où le viol est plus fréquent qu’on ne le pense.

Elle nous renvoie aujourd’hui à  l’étudiante victime d’un viol collectif mi-décembre à New Delhi. La « Fille de l’Inde » (India Daughter) comme elle est désormais appelée, devient ainsi la victime emblématique des violences faites aux femmes en toute impunité dans ce pays.

La question est lourde de sens. Elle touche à l’idée qu’on se fait de la Femme,  de la Justice  et de la Vie.

  • Comment redonner à ces femmes confiance et dignité, comment les soutenir dans leurs efforts à dégager un avenir de leurs décombres ?
  • Comment les « extraire » de la gangue de honte qui les paralyse et les rend muettes ?
  • Quel Seigneur de la vie et de la joie peuvent-elles encore supplier, quelle confiance peuvent-elles espérer ?
  • Quels mots, quel soin, quelle attention et quelle  possible espérance pourrons-nous offrir pour qu’elles puissent à nouveau croire en une bonté d’homme, en la présence aimante du Dieu Très bas ?
  • Quelle parole tranchante comme le glaive saura déchirer un silence complice, saura dénoncer fermement ces violences barbares, ces injustices nées du pillage délibéré d’un minerai rare considéré par l’industrie comme presque aussi précieux que l’or.

« Recouds les femmes et tais-toi » lance la soldatesque au médecin.

La violence sur ces femmes s'accompagne ainsi de menaces de mort pour ceux qui les aident. Ils les veulent seules, abandonnées, privées de parole.

Oserons-nous un geste prophétique ? Qui saura, à l’image du Père Ugeux et de son équipe, leur redonner parole de dignité ?

Oserons-nous tous ensemble leur rendre témoignage ?

Oserons-nous donner chair à nos tentatives d’accueillir, à la lumière de la Vérité du Dieu fait homme, ces souffrances de femmes humiliées ? Souffrances muettes, vécues dans la honte et quelques fois le rejet.

Oserons en appeler à l’Église-Institution et lui dire :

«  Ne sois pas comme David qui s’est tu quand sa fille Tamar a été violée par son demi-frère Amnon  » - « Expulsez cette fille de chez moi, et verrouille la porte derrière elle ! » a crié le violeur envahi par le dégout (2 Samuel 13)

Tes filles, notre Mère Église, sont souvent derrière la porte.

Protège-les et  donne leur égale dignité de choix afin que nul de tes fils, clerc ou laïc, ne puisse avoir la tentation de penser que leur sexe leur donne un pouvoir de définition sur « ce qu’est une femme».

Ne laisse pas le frère violer la soeur. Il n'y a pas que des viols physiques et barbares, il en est de plus sophistiqués qui touchent à l’identité.

Jacqueline Lach-Andreae

Crédit photo : Mayelle"


Commentaires

La "théologie de la guerre" ayant autorisé la torture, pourquoi pas le viol! Comme l'avait remarqué des prêtres et des théologiens vers la fin des années 50, en France, s'il y a une théologie de la guerre, il n'est pas question d'en envisager une pour la lutte des classes. C'est pas pareil, voyez-vous! La guerre est dirigée par des "grands" qui utilisent des "petits", alors que lutte des classes et de libération sont tentées par des petits contre des grands. Deux décennies plus tard, la même erreur majeure a été commise, avec plus de doigté mais pour le même résultat, à l'encontre de la théologie de la libération. Ne nous y trompons pas, la mise au pas des religieuses américaine relève du même interventionnisme de l'institution au bénéfice des puissants. Qu'y a-t-il, pour l'institution qui se prétend catholique, de plus petit et dépourvu de pouvoir que la femme, et que la mariolâtrie est commode.

Désolée, mais je vais ètre très dure. Quand je vois comme la majorité des religions y compris certaines confessions chrétiennes traitent les femmes dès leur petite enfance, on ne peut pas s'attendre à ce que la situation s'améliore. Il faudrait déja commencer par là. Il y a des exemples tellement criants du mépris de la femme, ici tout près de chez moi près de chez vous. Les mères devraient avant tout éduquer leurs fils dans le respect des filles. Il y a encore fort à faire dans tous les domaines. Cela ne m'empêche pas de penser à nos soeurs d'Afrique d'Inde du Pakistan et autres.

Toujours la même histoire; la femme est un être maudit, méprisable, aliènable, utilisable,... et même, comme tous les objets, jetable et détruisable! Je sais bien qu'il existe des hommes de bonne volonté, des hommes charitables et respectueux, mais en lisant des textes comme celui-ci, on voit bien que rien ne change dans notre pauvre monde. Nous, les femmes, nous sommes condamnées à rester des "choses" jusqu'à la fin de nos jours. J'ai de plus en plus de mal à croire, à espérer que cela puisse changer véritablement un jour... Est-ce que Dieu veut véritablement que des actes et des situations pareils se perpétuent éternellement?

Non, Marie Jeanne, Dieu ne veut pas. Mais le péché lui, il est là, il détruit l'humanité, celle des femmes violées, celle des hommes violeurs. Reste à continuer à croire que Dieu veut nous sauver du péché et qu'il nous sauve pour peu que nous accueillions ce salut. C'est là que nous avons à faire preuve de foi et d'espérance, cat je suis d'accord avec vous, à vue humaine, il y a de quoi désespérer.

Il me semble que c'est aux hommes qu'il faudrait parler de Dieu, et non aux femmes! parler de Dieu aux femmes, c'est être là, soutenir, écouter, aider à reconstruire, aider matériellement, s'occuper de l'avenir des enfants. Et agir dans les ONG et les organismes de défense des droits humains. Cela ne passe pas forcément par des mots. Ceci dit, je n'ai justement pas vu beaucoup de femmes de groupes catholiques dans les manifestations publiques contre le sort fait aux femmes violées en France! Il y en a encore eu une récemment voici quelques mois à la suite du procés de Créteil. Serait ce plus confortable de s'occuper de ces problèmes lorsqu'il sont lointains ? Et faut il attendre que ce soit un prêtre qui en parle ? le viol, hélas, c'est juste à côté de chez vous....

Christine, je sais que Dieu ne veut pas ça. Il nous appelle à autre chose: à devenir ses enfants, tous, sans distinction de race, de sexe ou d'âge. Mais, il n'empêche que le bonheur et la paix demeurent inaccessible ici bas... parce que nous demeurons des animaux, incapables d'aimer et de raisonner en vérité. Bien sûr, il y a ceux qui commettent les crimes, mais il y a tous ceux qui se taisent et laissent faire, il y a ceux qui font semblant d'agir pour sauver les apparences mais n'en font pas mieux. Et puis, surtout, il y a tous ceux (mais plus souvent celles)qui subissent, qui n'ont plus la force de lutter pour se défendre, et qui continueront de subir physiquement et/ou moralement jusqu'à leur mort. Nous lisons ou écrivons de belles paroles, nous essayons de les clamer à haute voix mais... nous n'en vivons pas. C'est vrai que très souvent la violence est "orchestrée" par les hommes mais n'oublions pas que ces hommes ont été élevés par des femmes... parce que, pendant que les hommes se perdent dans des guerres et des combats de toute sorte, ce sont très souvent, nous, les femmes, qui transmettons la culture et ... l'amour du prochain. Ne construisons-nous pas notre propre malheur dans la manière dont les fils sont élevés? Si je crois et j'espère en le salut et la résurection, j'ai de plus en plus du mal en croire et espérer en l'humanité et en son avenir.

Bonsoir Il y a quelques jours j écrivais "Il y a encore fort à faire dans tous les domaines" Ces trois femmes qui ont été sauvagement assassinées vivaient à nos côtés!!!!!quelle que soit la raison invoquée par le ou les meurtriers;c est une honte c est un malheur .Combien d entre-nous se sont elles jointes au cortège de ce jour? Je suis d autant plus triste que je suis témoin tous les jours de l attention et de la générosité prodiguées à des gens de la rue à des vieilles dames ou des messieurs handicapés par des femmes kurdes qui tiennent une librairie en bas de chez moi.Je leur exprime toute ma compassion,et les remercie pour l exemple qu'elles me donnent.Que leurs soeurs,nos soeurs reposent en Paix .

@Michelle, Je me permets de copier-coller une partie de votre message; Ceci dit, je n’ai justement pas vu beaucoup de femmes de groupes catholiques dans les manifestations publiques contre le sort fait aux femmes violées en France! Il y en a encore eu une récemment voici quelques mois à la suite du procés de Créteil. Hélas, c'est vrai, c'est pourquoi le cri des femmes du Congo doit nous réveiller. Je sais les femmes catholiques, détournent les yeux lorsque je parle des viols qu'ils soient en France, en Inde, en Afrique. Mais elles oublient un chose : le viol et les violences sexuelles sont comme les maladies endémiques, on s'en accommode tant qu'on n'est pas touché. Mais si cela leur arrivait, ou arrivait à leur fille ou leur soeur, (ou leur mère pourquoi pas ?) qu'en penseraient elles ? J'ai coutume de dire que la femme catholique est la pire ennemie de la femme. C'est à développer.......

@ Anne-Marie, ne soyez pas désolée, vous êtes tout à fait dans le sujet. Les religions ont beaucoup à faire pour changer .. mais elles ne le feront pas et tout spécialement l'Eglise catholique pourquoi ? Ce qui suit n'est que mon opinion, mais discutons en : 1°) parce qu'elles savent que les femmes resteront dans le giron de leur Eglise, nous y sommes attachées. Nous composons le plus gros du Peuple et nous ne dédaignons pas d'être manipulées au point de paraître à des yeux "étrangers" complètement masochistes. 2°) parce que l'Eglise catholique veut garder les "garçons" : ses petits mâles et ses gros macho. Il faut donc construire une différence de degré 3°) parce que le système sur lequel reposent ces religions et celui de l'Eglise catholique en particulier est un système patriarcal. Si vous y mettez une dose de féminité, tout s'écroule. Le Comité de la Jupe a relevé le défi de dire ce qui ne va pas dans le système. Le comité le fait avec d'autant plus de courage que nous avons opté pour le "ni-partir" "ni nous taire" Dans le contexte actuel c'est une gageure..... Alors je vous invite à vous manifester et si ce n'est déjà fait de nous rejoindre. Soyons de ces femmes catholiques qui ne détournent pas les yeux devant les violences faites au femmes comme si cela ne pouvait être combattu et faisait le gros de cette fatalité dans laquelle on aime se réfugier par paresse. Nous sommes les artisans de notre destin et notre destin est intimement lié à celui de toutes les femmes, qu'elles habitent dans notre quartier, en Inde ou au Congo.

SUITE au "Cri des Femmes du Congo". @marie-Jeanne écrit : Si je crois et j’espère en le salut et la résurrection, j’ai de plus en plus du mal à croire et espérer en l’humanité et en son avenir. Chère marie Jeanne. l'Esprit de la Résurrection, l'Esprit Saint nous inonde comme une pluie bienfaisante , il suffit de rassembler nos mains en une coupe pour le recueillir. Il suffit d'ouvrir les yeux. Dans l'article je vous faisais part du dossier construit par groupe de travail sur le terrain.Ce dossier est accessible, il suffit de cliquer. Il est copieux, mais sa lecture nous remonte les épaules et délie nos jambes. En effet, tout au long des lettres adressées à différentes catégories on peut suivre ce que j'appelle le fil de l'AMOUR : lettre aux Eglises, lettres aux victimes, lettres aux agresseurs, lettre aux maris ....C'est un magnifique témoignage d'ESPERANCE. Le compte rendu de la première réunion du GCRA nous arrive : tout aussi violent de Foi et d'Espérance : Il ne s’agit pas pour nous d’une activité parmi d’autres, écrivent ils mais d’une passion dans le double sens du terme : une souffrance (devant les violences qui continuent) et un engagement existentiel qui prend toute la personne. C’est aussi un acte de foi et d’espérance. Le viol public qui vient de se passer à New Delhi montre que le problème est mondial et qu’il pose la question d’un changement profond des mentalités concernant le respect de la dignité de la femme dans le monde. 1.La diffusion de la version française en PDF par internet a été un vrai succès : plusieurs revues (La Vie, La Croix, L’appel), des radios (Présence à Toulouse, Radio Vatican, en projet RFI et radio Maria) y ont fait écho, ainsi que des blogs et Facebook. Elle est en téléchargement libre sur les sites suivants : Société de M.Afr., Conseil Œcuménique des Eglises, Observatoire international des violences sexuelles (Paris), Conférence des Baptisés de France, etc. Il y a eu des échos très positifs des pays francophones : France, Belgique, Suisse et Canada, sans compter la RDC. Les échos viennent de personnes engagées sur le terrain ou en responsabilité institutionnelle. Le commun des mortels n’est pas attiré par ce genre de littérature ! Cependant le document circule largement sur le web et il est impossible de savoir combien de personnes l’ont téléchargé ou fait suivre. La traduction de la version anglaise doit commencer prochainement. Kivu Je tiens ce document à la disposition de qui le souhaite . écrire à jlachandreae@gmail.com ou lach.andreae@icloud.com Je répondrai aussitôt. tuko pamoja comme dit la salutation du texte.....

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