Description du projet

Marie telle que vous ne l’avez jamais vue – séance 1

Déconstruire les images pieuses sur Marie et revenir aux Évangiles

Introduction Anne Soupa

Chers ami.e.s

Vous êtes ici parce que vs avez répondu à l’invitation du Comité de la Jupe et de e-diocese.fr.
Le Comité de la jupe est une association 1901, dont l’objet est la promotion de l’égalité complète entre femmes et hommes dans l’Église catholique et, plus largement, dans toutes les religions. Anne Soupa est titulaire d’une maîtrise de théologie et d’une habilitation doctorale. Sylvaine Landrivon est docteure en théologie depuis 2012, maitresse de conférences à l’UCLy, retraitée de son poste de responsable pédagogique depuis deux ans mais enseigne encore la théologie dogmatique à Théo en ligne, branche numérique de la faculté de théologie de Lyon. Membre de Toutes Apôtres !, elle a créé en août 2020 le site e-diocese.fr.
Toutes les deux, nous avons eu envie, à l’approche de Noël, de vivre ce temps d’Avent, de préparation des cœurs et des esprits, avec la figure centrale de l’attente de Dieu, Marie.
« Marie telle que vs ne l’avez jamais vue ». Pourquoi ce titre ? Parce qu’au cours des siècles, l’empilement des élans affectifs (et des visées politiques) envers Marie a écrasé le message des évangiles. Marie est une figure dans laquelle nos psychés se sont investies. C’est une mère, la plus ancienne de nos figures de référence, et qui plus est, une mère terrassée par la pire des souffrances, la mort du fils unique. Cet investissement est légitime, mais il ne doit pas trahir l’Évangile. Nous n’avons pas le droit de projeter nos états d’âme ou nos modèles culturels sur une figure qui dit autre chose. Car ce faisant, nous les imposons à autrui. Et là, cela devient mensonge…
Ni Sylvaine ni moi ne sortions indemnes de cette tentation, car nous sommes tous le fruit de notre temps, avec sa culture propre, ses pentes et ses refus. Mais au moins, nous essaierons. Notre ligne directrice est simple : secouer la poussière qui recouvre les traits de Marie afin de retrouver la fraîcheur des couleurs évangéliques. Et vous verrez avec stupéfaction sans doute, combien Marie est une figure puissante, capable de nourrir notre foi dans son élan vers le Christ.
Quelques éclairages sur le déroulement de nos soirées. Nous sommes plus de cent ce soir et plus de 300 personnes se sont inscrites. Il faut donc organiser nos prises de parole afin que la communication soit bonne entre nous et que nos échanges soient fructueux. Á chaque soirée, nous parlerons l’une après l’autre, environ 20 min chacune. Puis nous échangerons tous ensemble. Pendant l’ensemble de la soirée, vos micros sont fermés. Après nos deux interventions, pour prendre la parole, vous lèverez la main – c’est une fiction, il s’agit d’appuyer sur une touche … (vérifier) et l’animatrice ouvrira votre micro. Pour qu‘un grand nombre puisse parler, nous vous demandons de poser des questions brèves, claires et précises ou de soulever une problématique susceptible d’intéresser tt le monde.
Nos 2 interventions seront enregistrées et mises en ligne dans quelques jours sur la chaîne You Tube du Comité de la Jupe et sur celle de Sylvaine Landrivon. Vous les trouverez en allant sur le site du Comité de la Jupe et bien sûr sur e-diocese.fr

Notre prochain rendez-vous est lundi 30 novembre à 18h30.

Introduction Sylvaine Landrivon

On a tout dit sur Marie, mais sur quoi reposent nos figurations ? Tantôt mère de douleurs, cette Mater Dolorosa « que l’on prie à genoux », tantôt celle que l’on supplie d’intercéder pour nous …, nous avons traversé une inflation de la vénération depuis le XIXe et le début du XXe, qui voisinait avec une quasi divinisation et a conduit certains jusqu’au rejet.
Dominique Le Tourneau, membre de l’Opus Dei et auteur du Dictionnaire encyclopédique de Marie (2015) explique que « Les fidèles ont spontanément recours à la Vierge Marie, en qui ils reconnaissent leur Mère dans le domaine spirituel, et leur Avocate patentée auprès de Dieu ». Ils l’associent à tout, en fonction des circonstances, et il remarque : « après la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, Pie IX y incorpore “Reine conçue sans le péché originel”. Léon XIII l’enrichit en 1905, de “Reine du très saint Rosaire” et de “Mère du bon conseil” ».
C’est ainsi que nous croisons sur nos routes, des Notre-Dame d’un peu tout : Notre-Dame-des-Neiges, Sainte-Marie des vignes, et même une Notre-Dame-du-Rugby à Larivière-sur-Savin dans le Sud-ouest.

D’où viennent cette appropriation et ces représentations ?
Tradition familiale, catéchèse, superstition parfois aussi sans doute, et encouragement de l’Institution à ces mouvements de piété, mais également – nous le verrons- : Marie a pu servir d’appui politique en lien avec les oppressions dictatoriales, et elle demeure pour tous un modèle. Il faudra évaluer quel modèle.

Ainsi Marie devient le lieu de tous les contrastes.
En ce début d’étude, efforçons-nous de les repérer.
Contraste d’abord entre :

  • *une valorisation de sa virginité qui se manifeste par une insistance sur le caractère miraculeux de l’Incarnation ; par une vénération de la pureté absolue de Marie qui, en s’amplifiant, crée de dangereux rapprochements avec la mythologie (Asclépios, Persée…)
  • *et une valorisation de sa maternité, laquelle se difracte en 2 images :
    • celle de la mère de Dieu (la Theotokos des premiers conciles) qui accompagne le Christ et qui, par sa compréhension des événements, peut servir d’exemple du Croyant,
    • ou celle -qu’elle est aussi, mais pas seulement- de la mère de l’homme Jésus, mort sur la croix. Cette référence à l’humanité de Marie est essentielle pour une bonne compréhension du Christ Jésus, totalement homme et totalement Dieu, mais elle ne doit pas s’y résoudre. Or il arrive que dans cette représentation, nous ne voyions plus que la mère de douleurs, dont le rôle sera d’intercéder pour ceux qui partagent avec elle la souffrance.

Ce premier coup d’œil pointe ainsi un contraste beaucoup plus profond, qui sera mon « fil rouge » tout au long de nos échanges :
Il s’agit de la confrontation, entre une image « circulaire », fermée, de Marie, et un schéma dynamique, comme un élan en forme de flèche.
La vision « circulaire »> expose Marie comme mère de Jésus mais, en même temps, parce que « nouvelle Ève », face au Christ « nouvel Adam », elle devient épouse du Christ, son fils, selon cet impossible schéma de mère et d’épouse, qui nous rappelle les Atrides avec des relents d’inceste. Mais Jésus n’est pas Œdipe ! Pour fuir cet amalgame possible, Marie sera donc mère, puis épouse toujours vierge protégée par des dogmes, dans une idéalisation de LA femme qui voisine avec le mythe ou avec un fantasme de petit garçon.
Nous comprenons vite, que cette circularité qui enferme le personnage dans sa virginité/maternité, va devoir inventer des doctrines pour éviter les pièges de l’ambigüité de ces liens entre Marie et Jésus.
Il faudra valoriser sa pureté donc aller chercher au-delà des Écritures, et créer des dogmes : celui de sa virginité perpétuelle, de son immaculée conception, de son assomption. Parce que quand il n’y a pas d’appui dans les évangiles, les théologiens doivent fonder la Tradition sur d’autres explications.

– Ce que je décris comme une « circularité » va contraster avec une autre approche de Marie qui sort de cet enfermement pour devenir la flèche qui nous guide.
*Flèche qui prend son élan dans son « oui » au Père qui lui envoie son Esprit pour l’inviter à porter le Verbe,
*flèche qui poursuit sa route, quand elle envoie Jésus sur la voie de sa mission à Cana, révélant ainsi le Fils,
*et flèche encore quand Jésus sur la croix, la confie au disciple bien aimé, et les unit par l’Esprit pour nous fournir le modèle du croyant.

Donc nous avons deux perspectives divergentes :

  • une circularité qui fige une image dans des dogmes et enferme dans le cercle d’une vénération mythique,
  • ou un élan qui nous conduit, à partir de l’Écriture, et nous emporte dans son dynamisme, pour situer Marie par rapport au Père, au Fils et à l’Esprit.

Tout au long de notre rencontre avec Marie, nous observerons l’évolution de ces deux figures.

MARIE TELLE QU’ON NE L’A JAMAIS VUE

Un petit tour des textes évangéliques

Marc 3, 31-35 :
« Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler.
Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : « Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. »
Il leur répond : « Qui est ma mère ? Et mes frères ? »
Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères.
Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère. » »

Il y a deux accents dans ce texte :
1. La question des frères et sœurs. Nous la retrouverons dans la 6e séance.
2. La question de la place de la famille biologique dans la construction du Royaume. Jésus l’évince au profit d’un autre critère que les liens du sang : l’obéissance à la volonté de Dieu. Il y a donc une autre maternité, une autre paternité, une autre fraternité, celles que Dieu nous offre. Sur le sujet qui nous occupe, Marie, elle est donc ramenée au même rang que tout autre disciple. Pas d’option préférentielle pour les liens du sang, pour les réflexes claniques.

Marc 6, 1-6a :
« Étant sorti de là, il se rend dans sa patrie, et ses disciples le suivent.
Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l’entendant étaient frappés et disaient : « D’où cela lui vient-il ? Et qu’est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ?
Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient choqués à son sujet.
Et Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. »
Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains.
Et il s’étonna de leur manque de foi. »

Ce 2e texte de Marc évoque les mêmes questions, plus une autre : la difficulté de convaincre dans sa propre famille. Le Jésus de Marc passe à une critique ouverte. L’incarnation de Dieu dans un être humain, a fortiori que l’on connaît depuis toujours, est une tâche très difficile. Un Dieu trop proche bouleverse nos réflexes. La foi consiste donc aussi à travailler cette révélation d’un Dieu extrêmement proche. Cela induit que nos relations familiales sont à regarder à nouveaux frais.

Luc 1, 24-56 :
Annonciation
« Quelque temps après, sa femme Élisabeth conçut, et elle se tenait cachée cinq mois durant.
« Voilà donc, disait-elle, ce qu’a fait pour moi le Seigneur, au temps où il lui a plu d’enlever mon opprobre parmi les hommes ! »
Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. Il entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »
A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.
Et l’ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus.
Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. »
Mais Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
Et voici qu’Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ; car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » Et l’ange la quitta. »

Visitation
En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.
Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint.
Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein!
Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ?
Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

Magnificat
« Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur,
parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom,
et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.
Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, –
selon qu’il l’avait annoncé à nos pères – en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais ! »
Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle. »

Nous entrons dans un ensemble appelé « les évangiles de l’enfance » Luc 1 et 2. Et Matthieu 1 et 2. Totalement absent chez Marc et Jean. Chronologiquement, ce sont les derniers écrits des évangiles. Á ce sujet, je voudrais vous poser une question. Vous vous demandez peut-être comment on connait  ces récits. Par le chat, vous pouvez répondre. …. Ce sont des constructions théologiques de Luc.
Ns reviendrons longuement sur ces 3 récits.

Luc 2, 1-7 :
« Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité.
Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.
Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, – parce qu’il était de la maison et de la lignée de David – afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter.
Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle. »

Quelques observations sur le récit de la naissance. Le couple, afin d’être recensé, compté parmi les sujets de la puissance occupante, Rome, quitte la Galilée, son lieu d’origine, terre de brassage, de sang mêlé, d’une foi peu observante, où seront recrutés tous les Douze sauf Judas, pour se rendre en Judée, où se situe Jérusalem, haut lieu de la foi juive. Les Judéens ont fait construire le Temple, lieu de la présence divine, et ils comptent parmi leurs ancêtres le grand roi David, originaire de Bethléem, de la descendance de qui viendra le « Messie », en hébreu, ou « Christ » en grec, qui veut dire « envoyé ». En faisant naître cet enfant à Bethléem, Luc confirme qu’il est bien de la lignée de David. On prépare ainsi le titre de Messie ou Christ, cet envoyé si attendu par les Juifs, qui va lui être donné seulement en 9, 20 chez Luc. Cet enfant sera donc à la fois Galiléen et Judéen. Et Marie, sa mère, collabore à cette entreprise d’unité du peuple d’Israël, perdue lors du schisme du 9e s, et depuis rêvée, attendue.

Luc 2, 15-19 :
« Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. »
Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche.
Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ;
et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers.
Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. »

Je voudrais juste attirer votre attention sur la dernière phrase. Elle souligne le rôle actif de Marie : elle est la mémoire des hauts faits du Seigneur en elle. Un peu comme si son corps en était la bibliothèque. « Toutes ces choses » ? Origène (250) dit que « Marie avait compris que ces paroles étaient divines et dépassaient l’humain » (Hom 20, 6, fragments grecs). Ainsi Marie nous est décrite comme proche de Dieu.

Luc 2, 33-35 :
« Son père et sa mère étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui.
Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : « Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction,
et toi-même, une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. » »

Dans ce court récit, est déjà annoncée la mort du « Fils du Très haut », ainsi nommé par l’ange à l’Annonciation. Une mort qui, pour tout disciple, va détruire quantité de rêves, comme cela a été le cas pour Pierre ou Judas. Et même, nous montre Luc ici, pour sa mère, qui pourtant est proche des choses de Dieu, ce sera un glaive dans son cœur. Cette annonce est un avertissement au disciple. Et Marie est comme les autres : elle doit devenir disciple.

Luc 2, 41-52 :
« Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
Et lorsqu’il eut douze ans, ils y montèrent, comme c’était la coutume pour la fête.
Une fois les jours écoulés, alors qu’ils s’en retournaient, l’enfant Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents.
Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances.
Ne l’ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.
Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;
et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.
A sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. »
Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »
Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire.
Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur.
Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. »

  1. Distance prise par Jésus avec les liens du sang et l’enfance : il s’émancipe. Marie ne sera pas une mère juive… ici, elle est appelée à quitter son rôle de mère pour devenir disciple.
  2. Reprise de la phrase déjà relevée : Marie est bien le réceptacle des choses de Dieu. C’est cela être disciple.

Galates 4, 4-5 :

« Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi,
afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. »

Paul ne connaît pas l’histoire personnelle de Jésus. Il retient que celui-ci est « né d’une femme » pour insister sur la réalité de l’humanité de Jésus.

Enfin, je dois mettre en garde contre une interprétation mariologique du texte d’Apocalypse 12, 1-2, utilisé par la liturgie du 15 août, par exemple. « Une femme vêtue de soleil, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. Elle est enceinte et crie sous les douleurs et le travail de l’enfantement ».
1. Ce texte est une vision, non une relation factuelle.
2. Ensuite, il ne désigne pas Marie. Cette interprétation date du 5e s. et elle a connu fortune au Moyen Âge et au 19e s. au moment des dogmes mariaux. Mais la femme désigne Israël, puis à partir du v. 17, l’Église.

Sylvaine :
Avant d’observer Marie dans les évangiles de Matthieu et de Jean, arrêtons-nous un instant sur les appellations de Marie dans tous ces récits.

Si nous revenons sur Ga 4,4, dont Anne vient de parler, Paul nous dit : Jésus est « né d’une femme ». C’est le premier texte à parler de la naissance de Jésus « né d’une femme », ce qui pourrait sembler surprenant (ou trop évident ou pas assez précis), mais c’est aussi la seule allusion à Marie dans toutes les épîtres pauliniennes.
Cependant si Paul ne nomme pas Marie, ce verset est capital car il montre que Jésus est vraiment humain, ce qui sera important pour contrer le docétisme au 2e siècle. Pour les Docètes, la Parole se « fait » chair mais Jésus n’est pas vraiment humain, donc ne souffre pas et ne meurt pas sur la croix. Nous y reviendrons avec st Irénée qui s’appuie sur ce texte de Paul pour expliquer sa façon d’analyser le rôle de Marie.

La grande discrétion des textes de Paul et de Marc lorsqu’il s’agit d’évoquer la figure de Marie, n’a pas échappé au bibliste Charles Perrot, qui fait ressortir ce qui ressemble à des réticences de leur part. Il se demande comment interpréter ce traitement par Marc constatant que : « Les femmes sont largement mises en valeur dans son écrit, Marie ne l’est guère. » Il avance une explication historique : Marc s’inscrit dans la ligne paulinienne. Or la famille de Jésus (Marie, ses frères, dont Jacques de Jérusalem), appartiennent au clan qui s’oppose à Paul. Celui-ci dans sa lettre aux Galates parle de « ces gens de Jacques », (Ga 2,12). Cette confrontation entre clans serait, peut-être, une explication du silence de l’Apôtre.
Charles Perrot pointe ailleurs les nuances dans les appellations de Marie : pour Luc elle est nommée La Vierge Marie ; chez Jean, elle est désignée comme La Mère de Jésus.
Son enquête le conduit à situer Marie dans le monde juif du premier siècle, et à mettre en évidence « une réelle diversité dans l’approche de la figure mariale » selon les différents groupes croyants des débuts du christianisme :
Elle est Marie de Nazareth selon Paul et Marc,
la mère du Messie dans les églises judaïsantes et dans l’évangile de Matthieu,
la Vierge Marie selon Luc,
la mère de Jésus selon Jean.

En Marc, le seul verset où le nom de Marie apparaît est au chapitre 6 : « Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon? » Et il est intéressant de noter que Marc ne dit pas « fils de Marie et de Joseph » mais seulement « fils de Marie ».

Notons aussi une brève apparition de Marie dans les Actes des Apôtres dont nous reparlerons quand il s’agira de montrer le rôle de Marie au fondement de l’Église : le récit de la Pentecôte (Ac 1,14) qui relate la première réunion d’une assemblée ecclésiale, donc la naissance de l’Église, souligne la présence de Marie dans sa qualité de mère. Cette présence montre qu’elle est parmi les disciples, disciple elle-même . Pourtant, de ce commencement jusqu’à la fin des Actes, Luc ne fera plus jamais mention d’elle.

La présence de Marie dans l’évangile selon Matthieu :

L’évangile de Matthieu débute par la longue généalogie de Jésus qui comporte le nom de 4 femmes : Tamar, Rahab, Ruth et la femme d’Urie c’est-à-dire, Bethsabée. Nous aurons l’occasion de revenir sur l’importance de ces mentions, par leur présence, aussi bien que par l’orientation que suggère l’identité de ces femmes.
Cette hérédité sociale de Jésus aboutit au verset 16 de ce premier chapitre, à ceci :
« Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ ». (Mt1,16).

On s’arrête généralement peu sur ce verset qui pourtant présente les rôles à l’envers de toutes les conventions sociales : ce n’est pas Marie qui est l’épouse de … Joseph, mais c’est Joseph qui est mentionné comme « époux de Marie ».

Matthieu poursuit en nous présentant Marie directement par sa relation à Jésus : « Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph » (Mt 1,18) et annonce aussitôt le « hiatus : « or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte » (Mt 1,19). Le problème est posé.
La suite va nous être décrite du point de vue de Joseph. En effet, socialement, c’est sur lui que l’action repose. Il aura la charge capitale de transmettre à l’enfant sa filiation davidique, en lui donnant son nom.

Pourtant Marie n’a pas un rôle mineur : elle vient accomplir ce qu’Isaïe a annoncé : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » (Is 7.14)
Matthieu, habité d’une longue tradition patriarcale, privilégie la position de Marie comme mère de Jésus, et s’il mentionne son intervention dans l’accomplissement de la promesse, c’est en la référant à Joseph comme justification de son rôle.
Dans tout le récit sur la naissance et l’enfance de Jésus, c’est Joseph le personnage principal ; c’est à lui que l’ange apparaît à deux reprises : pour le rassurer sur sa paternité, puis pour l’inciter à rentrer d’Égypte. D’un point de vue social, c’est lui qui inscrit Jésus dans l’histoire d’Israël.
Tout semble donc cantonner Marie à une fonction maternelle, passive.
D’ailleurs Marie n’est mentionnée que 4 fois par son nom et toujours ramenée à sa maternité.

Tout nous porterait donc à sous-estimer la présence de Marie. Mais il faut observer le texte de plus près.
Nous découvrons alors une chose remarquable dans la présentation que donne Matthieu.
Nous avons déjà dit que le verset 16 nous alerte par une formulation inversée des époux, mais il faut repérer une expression plus importante encore.
Matthieu dit : « de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ ». Il reconnaît donc, à elle, et elle seule, le pouvoir d’engendrer Jésus, et il ajoute : « par le fait de l’Esprit saint » au verset 18.
Joseph n’intervient donc finalement que pour garantir la lignée davidique et royale du messie.
Nous verrons ensuite que la mention de l’Esprit sera le « pont » qui reliera Marie aux autres femmes de la généalogie de son fils, et signera le choix de Dieu ; on pourrait presque alors supposer que l’Esprit intervient comme une incitation à transgresser les règles au profit de l’accomplissement de la Parole quand les rois et les prêtres ne savent plus la transmettre.

Marie n’apparaîtra plus guère dans cet évangile si ce n’est pour servir de cadre à une définition de la « vraie famille de Jésus », au chapitre 12 (Mt 12,46-50).
La sobriété avec laquelle la mère de Jésus n’est pas distinguée de l’ensemble de sa parenté met en évidence en premier lieu, le choix d’un environnement d’élection plutôt que de sang ; cependant, la mention de cette famille à laquelle appartient Jésus fait de lui un être totalement humain que l’inflation sur sa divinité cherche parfois à masquer. (Ce sera le cas des Docètes).
Or toute la démarche théologique, depuis les premiers siècles, consiste à imposer la foi en un Christ totalement divin et entièrement humain. Ce sera tout l’effort du concile de Chalcédoine réuni en 451 (343 évêques autour de Marcien pour expliquer la double nature).

La présence de ses frères souligne ce point important et disqualifie peut-être certains discours sur Marie qui en feraient un être « hors sol ». Comme son fils, elle est totalement humaine, comme lui, elle s’adapte aux lois de son temps. Il est donc délicat de traduire « adelphoi sou » autrement que par « tes frères » et ce faisant, de refuser à la femme de Joseph, la place qui est celle de toute femme en Israël, c’est-à-dire d’être épouse et mère. Les versets 55 et 56 du chapitre 13 accréditent cette « normalité » de l’entourage familial de Jésus en reparlant de sa mère et de sa fratrie : « Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? N’a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? »

Il y a donc deux manières de présenter Marie à partir de cet évangile :
Soit on s’en tient à la version traditionnelle, et nous avons l’habituel portrait d’une femme effacée, silencieuse (puisqu’aucun mot d’elle n’est rapporté), et qui demeure à distance des actions du divin fils que l’Esprit lui a donné,
Soit nous mesurons tout ce qu’il a dû en coûter à un rapporteur tel que Matthieu, très imprégné des traditions de son pays, pour reconnaître :
Que Marie est l’élément principal de la venue de Jésus dans le monde : Joseph n’est que son époux,
Que c’est par elle que s’accomplit le lien avec l’annonce de « Dieu avec nous » : l’Emmanuel d’Isaïe,
-qu’elle assume la divinité de son fils en l’engendrant hors des lois naturelles, et en toute transgression des lois sociales,
Et qu’elle assume l’humanité de son fils, en acceptant de n’appartenir qu’à la partie humaine de la famille des enfants de Dieu, ce qui enracine Jésus selon trois perspectives qu’elle rassemble : la dimension divine par l’engendrement par l’Esprit, la continuité avec le premier Testament, en étant la jeune fille décrite par Isaïe, et l’actualité de la présence humaine par son acquiescement à une place de mère de famille. Nous sommes donc loin d’un rôle discret et évanescent, puisqu’en Marie est illustrée l’incontournable qualité humano-divine de Jésus.

La présence de Marie dans l’évangile selon Jean :

L’évangile de Jean rédigé plus tard, ne nous donne pas ces précisions sur la naissance et l’enfance de Jésus. Cela ne minore pas la place de Marie car Jean met encore davantage en scène sa détermination, son élan à collaborer à la mission de son fils et ce, dès le chapitre 2, au cours de ce que l’on nomme Les Noces de Cana (Dans une autre séquence, nous étudierons ce passage pour lui-même).
Dans L’évangile de Jean, Marie ne joue aucun rôle avant le début du ministère de Jésus puisque son enfance n’est pas évoquée. De ce fait, la virginité de Marie n’est pas exaltée, n’étant pas abordée.
C’est dans sa maternité qu’elle apparaît, comme mère d’un certain Jésus lequel nous a été présenté par Jean-Baptiste au chapitre précédent comme « fils de Dieu ». Souvenons-nous que devant l’émerveillement de Nathanaël, ébahi d’avoir été reconnu par Jésus, celui-ci lui répond : « tu verras des choses bien plus grandes » (Jn 1,50). Et, en effet, de bien plus grandes choses vont bientôt se produire, sur l’injonction de Marie.
Nous prendrons le temps de revenir en détail sur le rôle de Marie qui lance la Révélation dans cet évangile, en s’enracinant dans la première alliance (puisque c’est à partir des jarres d’eau réservées aux ablutions juives rituelles que sera fait le vin nouveau offert en abondance à Cana).

Mais nous pouvons déjà souligner que c’est Marie qui est invitée et accompagnée de Jésus à ces noces. Par la formulation « il y eut une noce à Cana de Galilée et la mère de Jésus était là. Jésus lui aussi fut invité » (Jn 2,1-2), nous retrouvons le même schéma surprenant que chez Matthieu, comme si le personnage central était Marie et non Jésus.
En traversant très vite cet épisode, nous notons, outre cette invitation à laquelle se joint Jésus, que c’est elle, Marie, qui repère le manque de vin ; c’est elle qui incite Jésus à se dévoiler, et c’est elle enfin qui donne l’ordre de l’action.
Pourtant dans cet évangile, son prénom ne sera jamais mentionné. Nous reparlerons de la façon dont Jésus lui dit « femme » et ce que cela peut signifier. Mais nous voyons d’abord qu’elle sera surtout qualifiée par sa place de mère, et c’est bien en « mettant au monde » son fils comme envoyé de Dieu, qu’elle agit dans ce chapitre 2.

En effet, contrairement aux évangiles de l’enfance, nous n’avons pas affaire à une nativité charnelle, mais c’est tout de même bien d’une mise au monde dont il s’agit.
Jean va filer cette métaphore de l’accouchement jusqu’à son terme. Au chapitre 16, il sera question des différentes phases de l’accouchement passant par la tristesse à la joie avec un rappel de « l’heure venue », qui revient comme en écho à ce chapitre 2 où Jésus, paraissant bousculé par Marie, lui dit : « mon heure n’est pas encore venue ».

Tout nous conduit donc peu à peu, dans un parcours discret de confiance et de foi, là où nous allons retrouver la mère de Jésus : au pied de la croix. Entre temps, il ne sera plus question d’elle dans cet évangile.

Au départ, Jésus s’est laissé mettre en chemin par sa mère, qui l’a propulsé dans la mise à jour de sa part divine.
Au moment de rendre la vie, Jésus prend du recul par rapport à elle et initie une filiation adoptive avec le « bien aimé » selon ces mots connus (Jn 19,26) : « femme, voici ton fils », « Voici ta mère ». Par ce biais, il intègre toute la communauté au cœur de cet enfantement nouveau.
Ainsi, à partir de ce mystérieux disciple idéal qu’est le « bien aimé », nous devenons tous frères et sœurs par Marie, dont Jésus s’est détaché en la nommant « femme ». Cette dénomination surprenante et symbolique, qui marque une prise de distance entre notre humanité et sa divinité n’arrive pas subitement ici. Elle nous a déjà été annoncée au chapitre 2, par le même emploi du mot « femme » pour qualifier sa mère.
Le contexte n’est pas anodin et nous reviendrons sur cette façon qu’a Jésus de manifester son autonomie, ou plutôt sa différence, en jouant sur les liens qui le relient à sa mère, comme s’il s’agissait de la libérer, elle, d’une emprise trop forte.

Nous reviendrons également plus longuement, lors de la séquence 5, sur le sens des liens que crée Jésus entre le disciple bien aimé et Marie, et ce que cela nous dit du rôle de Marie dans l’avenir de l’Église.
Car, en la confiant au disciple bien aimé, ce dernier accepte de recevoir chez lui toute la communauté messianique qui l’a précédé, et ce justement par Marie ; Marie qui dénommée « femme » apporte avec elle tout l’univers du Premier Testament. Nous pourrons alors expliquer comment la symétrie du regard entre la femme et l’homme au pied de la croix, fonde ce moment où Jésus donne naissance à la communauté ecclésiale, annonçant dès l’origine, l’importance d’une parfaite mixité de son Église.
Je ne développe pas : nous en reparlerons.

D’ores et déjà, par le retour à l’Écriture que nous venons de réaliser, nous pouvons déceler les deux mouvements de l’approche des mystères christologiques, selon que l’on privilégie la naissance de Jésus, i.e. son Incarnation (c’est la christologie classique dite « d’en haut »), ou que l’on valorise sa mort et sa résurrection (c’est la christologie dite « d’en bas »). Comme l’explique Bernard Sesboüé dans Jésus-Christ dans la Tradition de l’Église, la complémentarité des deux mouvements est nécessaire ; mais ce théologien, à l’instar de nombre de ses contemporains, place le centre de gravité autour de la mort/résurrection du Christ et non de sa naissance. Ce regard n’est pas neutre quant à la place que nous donnons à Marie.
Car déjà, nous nous surprenons à privilégier, dans notre théologie comme dans notre cœur, soit la figure de Marie, toujours vierge et centrée sur la naissance merveilleuse de son fils, qui la conduit à être passivement mère de douleurs, soit à choisir la figure de Marie, disciple courageuse et fidèle, symbole de Sion, sur laquelle Jésus choisit de fonder son Église au moment de rendre sa vie.

En vérité, il faudrait savoir tenir l’une et l’autre en harmonie :

  • Voir que Marie, par l’Incarnation participe à la dimension humaine de Jésus,
  • Et comprendre que Marie, par l’accueil du « bien-aimé » comme fils, à la Croix, accepte d’engager le devenir de la Bonne Nouvelle, en partageant avec celui « que Jésus aimait », l’archétype masculo-féminin du Croyant qui va fonder notre Église. Mais comme le dit B. Sesboüé, c’est parce que Jésus, meurt et ressuscite, devant des témoins qu’il envoie en mission, que nous comprenons le sens et la portée de la conception virginale de Marie. En sens inverse, le propos théologique devient si ardu qu’en se vulgarisant, il se perd et s enferme dans la superstition et le mythe.