Marie-toi et sois soumise !

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Tel est le titre du livre d’une journaliste italienne, Constanza Miriano, qui soulève l’indignation en Espagne. Ce manuel prône la soumission volontaire des femmes à leurs maris. Voilà une journaliste qui mériterait qu’on lui décerne la jupe d’or du machisme ! Elle mérite en tout cas notre colère. Pour plusieurs raisons :

D’abord parce que cela vient d’une femme et l’on sait que la plus belle réussite de l’injustice, c’est sa justification par celles et ceux qui en sont victimes.

Ensuite parce que son apologie de la soumission est un danger pour les femmes victimes de violences conjugales.

Enfin parce qu’elle justifie sa position par un texte biblique : « Femmes soyez soumises à vos maris » (Épitre aux Colossiens 3, 18).

Ce faisant, elle alimente le rejet de bon nombre de gens qui considèrent le christianisme comme rétrograde, fondamentalement conservateur, machiste et donc à rejeter. Beaucoup de commentaires sont les témoins de ce rejet. Il est fort instructif de les lire.

Quand on aime le Christ et qu’on sait à quel point son Évangile est libérateur, on se dit que, vraiment, ce type de livre est un désastre.

Cela nous invite à réagir. L’évangélisation passe aujourd’hui par les réseaux sociaux. Encore faut-il y être présent. Donc, n’hésitons-pas à mettre des commentaires dans les différents médias, pour faire entendre un autre son de voix et témoigner d’un autre christianisme que celui de Constanza Miriano.

Soeur Michèle Jeunet

Lire les analyses :

Un manuel de soumission pour les femmes choque l'Espagne

Costanza Miriano, autora de 'Cásate y sé sumisa': "Si lo que molesta es la palabra sumisa, quemad la Biblia"

 

Commentaires

Dans le texte préparatoire au synode sur la famille (ou dans le questionnaire, je ne sais plus) il est question incidemment d'un "féminisme hostile à l'église". Lisant cela, je m'étais dit: au lieu de se méfier du féminisme, et d'être aux aguets pour lutter contre ce "féminisme hostile à l'Église", les évêques feraient mieux de se demander pourquoi beaucoup de féministes sont pour le moins méfiantes envers l'Église, et certaines carrément hostiles. La réponse est là. Ce discours répressif qui prétend avoir sa source dans l'Écriture, c'est insupportable.

Auteur du commentaire: 
JEAN
L'Eglise est hostile au féminisme, car ce mouvement est directement issu de la doctrine marxiste et n'a qu'un but, celui de nuire à la chrétienté. Si vous ne voyez pas cela, je ne serai que vous conseiller d'aller suivre quelques conférences sur la politique et l'opposition des pouvoirs...

J'ai lu quelques articles (très tranchés pour et contre) sur ce livre mais je ne l'ai pas lu. Il semble que les auteurs d'articles contre ne l'ont pas lu et n'avaient pas d'éléments à apporter. Pouvez(vous nous en dire plus sur le contenu du livre?

Tiré d'une interview de l'auteur: « Je crois que le rôle de la femme est de se montrer aussi bonne et belle que possible à l'homme. Lui renvoyer une image positive, lui dire à quel point il est important, et lui permettre de s'impliquer au mieux dans la construction d'une famille et l'éducation des enfants. » ou encore:""les femmes doivent être soumises, écrit Paul. Je pense qu'il veut dire qu'elles doivent être ouvertes, chaleureuses, patientes, pas parce qu'elles sont faibles, mais au contraire parce qu'elles sont fortes et stables, douces et confortables, elles sont capables de mettre les gens en confiance. Les femmes qui sont en phase avec leur profonde nature resplendissent de bonheur : elles peuvent donner la vie biologiquement et spirituellement." Quel programme! On pourrait aussi titrer "Du bonheur dans l'esclavage!" ou comment cesser d'être une personne et devenir un objet de confort.

@Michèle Jeunet. Il y a plus d'un an, dimanche, Av Reille Paris chapelle des Franciscaines Missionnaires de Marie, un homme a tenu en chaire un langage de la même inspiration, à propos du divorce et du mariage. Manifestation d'une forme d'ignorance? Espérons! En tous cas, après avoir éclairé/admonesté l'assistance laïque il a rappelé aux religieuses qui, pour la plupart ont vécus dans tous les coins du monde, les exigences de vœux qui les mettent à l'abri de tels égarements. On ne rit pas! Il a même indiqué ses titres: théologien bureaucrate au tribunal de la rote ... sans ajouter "candidat à la soutane d'or du cléricalisme poussiéreux".

Jusque là, je ne vois toujours pas le problème... L'extrait précise même le sens de soumise dans une direction très positive... C'est le premier livre, un 2e est prévu concernant le mari, dans la veine du texte de Paul "aimez vos femmes comme le christ a aimé son Eglise".... Le sens ultime de notre existence ici-bas n'est-il pas de nous aimer les uns les autres? (notamment "à ceci tous vous reconnaitrons comme mes disciples: à l'amour que vous aurez les uns pour les autres") Et dans le cas du mariage, nous y sommes appelés aussi. Epouse envers leur époux et époux envers leur épouse... Etre chaleureux, ouvert, patient... beau programme pour chacun de nous!! Et pour ce livre, mieux vaudra se baser sur son contenu réel...

Ne pas voir que ces paroles ont maintenu les femmes sous la domination des hommes, et en particulier les ont soumises à toutes sortes de violences, physiques et psychologiques relève de l'aveuglement ou plus sûrement de la mauvaise foi.

Ce texte me paraît avoir une parenté très forte avec une « perle » que l’on peut lire sur le site de la cathédrale du Puy en Velay, un texte écrit par une religieuse, Sœur Laure, http://www.cathedraledupuy.org/La-vocation-de-la-femme-dans-le-judaisme-soeur-Laure_a455.html justifiant la supériorité masculine par un ensemble d’arguments qui glorifient tout d’abord « la femme », magnifient une certaine supériorité féminine, pour mieux asseoir finalement son obéissance à la tradition la plus réactionnaire. Ce pourrait être drôle, mais des propos de ce genre se retrouvent très souvent dans la bouche de prêtres ou de fidèles aujourd’hui. Ils marquent aussi les pratiques liturgiques, déniant aux femmes toute fonction, toute visibilité. Je cite la fin du texte : « Il ne s’agit pas d’écrasement, la femme doit se déployer mais elle ne doit pas dominer. Et quand Saint Paul conseille à la femme de se soumettre à l’homme, c’est de se mettre dessous pour élever son mari, qui colle à la terre, et elle doit l’aider à s’élever dans les réalités spirituelles. C’est vrai que cela demande à la femme une humilité, une certaine mort à soi-même, un amour très grand. C'est celui qui aime le plus qui est le plus grand: « Vous m’appelez Maître et Seigneur et je le suis, et pourtant je vous lave les pieds. », « Le plus grand d’entre vous se fera votre serviteur ». Jésus nous a montré lui-même le chemin. Il ne s’agit pas pour la femme d’être considérée comme inférieure, la Vierge Marie était infiniment supérieure à Joseph et elle s’est soumise à lui. Et cela était bon. Ce qui est demandé à l'homme n'est pas plus facile : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église et s’est livré pour elle ». C’est une exigence d’amour folle. Mais c’est la femme qui doit ouvrir son mari à la tendresse, elle doit lui montrer le chemin, elle doit lui donner l’exemple, comme Jésus nous a donné l’exemple. Dans la liturgie tout cela est sous-entendu, la femme est comme cachée et voilée. Elle laisse à l’homme la place, elle allume la lumière, elle est donc elle-même dans l’ombre. Ce n’est pas évident, c’est un appel à la sainteté, qui produit des fruits magnifiques si nous retrouvons cet équilibre, cette union où Dieu est présent. Pour les générations qui montent, il y a un enjeu immense : nous voyons bien ce déséquilibre, cette absence des hommes, cette absence du père. La femme a dans cela une grande responsabilité. Si elle retrouve sa vocation profonde elle pourra considérablement aider l'homme à retrouver la sienne dans un respect et un amour mutuels et cela sera très bon. »

Je ne comprends pas votre réaction : -l'explication d' "être soumise" donnée dans l'extrait précédent, à savoir : être ouvertes, chaleureuses, patientes n'est en rien une horreur. -quand au titre du livre, il est tiré de la Bible et les traductions trouvées via internet sont assez unanimes... Sortir une phrase de son contexte peut aboutir à une interprétation complètement faussée. En revanche, dans son contexte, Paul, l'auteur du texte, nous donne la Parole de Dieu. Un Dieu créateur par amour, fait homme par amour, qui a donné sa vie par amour et a vaincu la mort et le Mal... Ce qui nous permet de sortir des rapports dominants-dominés pour entrer dans un rapport donné-donné ou la seule dette qui nous est suggérer de garder les uns envers les autres est celle de l'amour...

En fait, c'est le genre de propos qui justifie toutes les violences faites aux femmes, leur claustration dans la sphère domestique, leur assujettissement au voile. Et le plus effarant, c'est votre "je ne comprend pas votre réaction". Que vous le sachiez ou pas, vous êtes un fondamentaliste. Vous voulez ignorer ce que les mots signifient aujourd'hui. Tapez "femme soumise" sur internet, par curiosité, vous verrez que les résultats sont édifiants. Et surtout, ne laissez pas vos enfants de moins de 18 ans le faire.

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