Réflexions de Mgr Albert Rouet

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Rouet

Alors que s'ouvre aujourd'hui même, 3 novembre, l'assemblée de nos évêques à Lourdes et qu'ils vont, entre autre, aborder dès ce mardi la réflexion sur l’avenir des communautés chrétiennes : situation des prêtres et des diacres dans les diocèses, collaboration avec les laïcs, organisation du tissu ecclésial. (source cef.fr) Nous recevons de Monique Hébrard ce message particulièrement entrainant :

Je vous partage un livre à lire absolument pour préparer la CBF !

Quel bonheur ! Voilà un archevêque (celui de Poitiers) qui parle le même langage que celui que j’ai entendu dans mon petit groupe lors de la Marche du 11 Octobre et que je résume par deux urgences : annoncer l’Evangile et vivre pleinement la responsabilité de tous les baptisés ! Je m’explique :

- Notre époque est en attente d’une Annonce… et l’Evangile peut y répondre (la preuve chez les catéchumènes), or cela ne passe pas ! Question de sainteté de chacun bien sûr, mais aussi de langage et de fonctionnement de l’institution qui fait barrage.

- Le concile a proclamé le fondement de l’Eglise en Christ dans l’égale dignité et responsabilité de tous les baptisés. Le baptême prime toute hiérarchie. Il est urgent que l’on vive le sensus fidelium (des théologiens comme Maurice Vidal, Jean Rigal, Bernard Sesboüé ne cessent d’en déplorer le non respect).

Personnellement ces deux aspects correspondent à ce que j’essaye de dire et de vivre depuis des années. J’étais donc très heureuse de les sentir partagés au cours de la marche et dans l’annonce par Anne Soupa d’une création de la Conférence des Baptisé-e-s de France.

Or voici que je retrouve la même sainte colère et la même impatience chez un évêque en exercice...

Pour vous mettre en appétit voici quelques petits extraits de

J’aimerais vous dire. Albert Rouet. Entretiens avec Dennis Gira. Bayard. 19€

À propos du langage.

« L’Église a la responsabilité de traduire et de transmettre le message qui lui a été confié […] Elle a à réélaborer constamment sa propre parole, parce que sa fidélité au Christ et à sa Parole est une fidélité créatrice, parce que l’incarnation veut que la personne du Christ s’exprime dans les langues que les hommes parlent vraiment et avec lesquelles ils vont découvrir que le Verbe s’est fait chair […] Aujourd’hui comment entendre le cri des hommes, si nous ne comprenons pas leur langue ? Et que peut dire l’Eglise si elle ne parle pas leur langue ? » (p.42, 43)

Qu’est-ce que la vérité ?

« Le silence du Christ devant Pilate est très parlant. Pourquoi se tait-il ? […] parce que ce qu’Il a à évoquer ce n’est pas “j’ai la vérité” – parole de toutes les tyrannies – mais “je suis la Vérité”. Une Vérité qui se livre, qui se met à hauteur d’homme, à la hauteur où l’homme se détruit, donc sur la croix. » (p134, 135)

Et la vérité morale ?

« La vérité ne peut plus se présenter sortant toute nue du puits. Elle doit aujourd’hui apporter la preuve de ses qualités existentielles et faire goûter ce qu’elle apporte » (p. 119)

« Je suis convaincu que l’on ne peut pas présenter la vérité morale, comme si elle permettait à la conscience d’esquiver ses responsabilités […] Une vérité morale qui est totalitaire est une vérité qui sort de la morale et se transforme en imposition. La morale dépasse l’imposition. Elle est dans le domaine du choix et elle met de la lumière. Cela étant il me semble que l’opposition fondamentale dans l’Évangile n’est pas entre le bien et le mal [… mais] entre ouverture et fermeture. » (p 130)

Attention à l’identitaire !

« … je trouve qu’il apparaît quelque chose de mortifère dans la façon dont les groupes chrétiens s’engagent pour l’identité. » (p. 164)

Repenser la manière de faire Eglise.

« Cette culture du dialogue, du débat, de la parole échangée comme signe de fraternité… » (p 211)

Commentaires

ce livre est à déguster et à goûter... Quel bonheur si nous pouvions échanger dans l'Eglise sur ce livre et sur cette façon d'être ensemble...quelle ouverture!!! et en même temps quelle conversion cela exigerait de chacun!!!

Essai de réponse à Fred (3 Novembre) Vous éclairer, Fred, peut être pas, plutôt réfléchir avec vous à partir des questions qu'il ne faut pas extraire d'une explication ou d'une démonstration d'Albert Rouet. Il insiste beaucoup sur l'importance des mots, la difficulté que nous connaissons tous de formuler exactement une idée et d'être compris « ce n'est qu'après un très long travail de reprise qu'on arrive à dire à peu près clairement ce qu'on a envie de dire ». (page64) La question que vous relevez (page 43) n'a de sens que si vous l'intégrez au thème qu'il aborde « parfois,puisque ces gens parlent d'eux-mêmes, de leurs expériences personnelles, nous disons qu'ils sont subjectivistes( …) mais dans une société où vous ne pouvez rien... quel est l'endroit qui vous reste pour exister sinon votre propre subjectivité? (…) Par conséquent, si on n'entend pas ce cri des gens, si on ne les aide pas à gôuter à la bonté de l'Evangile, comment voulez-vous qu'ils y adhèrent? Ils se sentent incompris par la majorité des grandes institutions de ce monde..  ». Il évoque, me semble-t-il la nécessité, pour l'Eglise, d'écouter les hommes et les femmes qui ont des choses à dire, parce qu'ils luttent pour exister, pour vivre. Il souhaite que l'Eglise comprenne ce qu'ils vivent, et les rejoigne là où ils sont . Je pense qu'il évoque la difficulté que rencontre l'Eglise, non pas face à ses ennemis, elle a l'habitude, mais, c'est plus grave, face aux hommes de bonne volonté, à ceux aussi qui, en son sein même, ne sont pas écoutés: beaucoup de chrétiens se sentent, en conscience, disons déroutés, déconnectés, désolidarisés de ce que dit l'Eglise. Deuxième point : La morale. Oui, elle est dans le domaine du choix et non de l'imposition, oui, il faut qu'elle le reste, il me semble que c'est l'Evangile même, nous sommes libres, absolument libres d'adhérer ou non. L'Eglise éduque, conseille, exhorte, comme une mère mais, comme une mère elle est face à des enfants libres. Par exemple, Jésus n'impose pas au jeune homme riche de vendre ses biens, il ne condamne pas son refus , il le laisse libre de son choix. Vous voyez que ce n'est pas d'aujourd'hui que, pour un jeune, la morale chrétienne, n'est pas facile à vivre. Saint Paul écrit pour des communautés particulières, exhorte sa communauté à une époque donnée, dans des circonstances données, là aussi il est important d'étudier le contexte.

@Fred Il faut faire attention, quand on commence à penser que l'Église est légitime à faire autrement que le Christ parce qu'elle connaîtrait mieux la réalité humaine, on entre dans une logique dangereuse, admirablement illustrée par Dostoievski, dans la légende du grand inquisiteur, une incise d'une trentaine de pages qu'on trouve au coeur des "Frères Karamazov". Le grand inquisiteur explique à Jésus qu'il n'a rien compris aux hommes et qu'en leur laissant la liberté, il leur fait porter un fardeau trop lourd pour eux. heureusement, le grand inquisiteur et ses sbires sont là pour y remédier. Un un texte à lire absolument et à méditer longuement.

Xavier, Merci Xavier de nous conseiller cette lecture. Je viens de terminer "dans la peau d'un évêque", que vous nous aviez également conseillé sur ce site, et m'en suis trouvée toute ragaillardie. Je vais donc me procurer "J'aimerais vous dire". Nous conseiller des lectures pour nourrir notre mobilisation ou notre réflexion, voilà déjà une action bien concrète de la Conférence des Baptisés de France.

ce monsieur est magnifique! j'en voudriais plus! salut_b_logo

J'étais à la conférence que Mgr Rouet a donnée il y a quelques jours à la Procure. Quelle intelligence, quelle culture,quelle hauteur de vue et quel souci d'aller à l'essentiel. Des évêques comme cela on en redemande. Continuez Monseigneur.

Il y a quelque passage que je ne comprends si quelqu’un peut m’éclaire ça serait cool : Qu’est ce que Mgr veut dire lorsqu’il dit : « … Aujourd’hui comment entendre le cri des hommes, si nous ne comprenons pas leur langue ? Et que peut dire l’Eglise si elle ne parle pas leur langue ? » Personnellement, il me semble que l’Eglise fait de son mieux, certes ce n’est pas parfait mais ça ne l’a jamais été et ça ne le sera jamais. Sinon que le monde ne comprenne pas la langue de l’Eglise ce n’est pas nouveau et Jésus nous a prévenu . « Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. » Le deuxième passage que je ne comprends pas et qui me semble d'ailleurs un peu contradictoire avec l’évangile : « La morale dépasse l’imposition. Elle est dans le domaine du choix et elle met de la lumière.» Je n’ai pas l’impression en lisant les épitres de Paul, qu’il laisse beaucoup de choix aux communautés auxquelles ils s’adressent. Je voudrais partager mon expérience personnelle. Je pense qu’en matière de morale l’imposition est inséparable de la lumière qu’elle donne si elle est faite avec Amour. Personnellement pour tout ce qui est de morale, j’essaie toujours de faire d’abord confiance à l’Eglise et ensuite je cherche le pourquoi et j'avoue que je ne suis pas encore tombé sur une objection de conscience et Dieu sait combien la morale chrétienne est difficile à vivre à notre époque pour un jeune. Mais évidement pour y arriver cela nécessite d’abord d’aimer et de faire confiance à l’Eglise. Et si on doute un peu de l’Eglise alors ça peut devenir très lourd à porter.

Oui, il faut lire ce livre. En voici encore quelques extraits : " On a édulcoré la capacité pour tout baptisé de participer à la marche de son Eglise, ce qui a reforcé la catégorie de "clerc". (page 216) "Comment l'Eglise est-elle crédible? Quand des gens prennent la foi au sérieux au point de devenir responsables de son témoignage. Là se lèvent des enjeux considérables. Parce que dans la situation complexe où nous sommes, il faut revenir à l'essentiel, et l'essentiel est l'origine - pas au sens du commencement historique - mais de ce qu'est la source radicale. (page 217) "Il faut donc reconnaîte aux gens le droit de dire ce qu'ils ont à dire.(...) Et cette liberté existera toujours, même si de fait, aujourdhui, dnas l'Eglise, il se produit un gel, un gel de la pensée, un gel de la liberté de parler. Il y a trop de censeurs. Derrière les dénonciations, se cache trop souvent la volonté de contraindre les autres à penser comme leurs auteurs. Question de pouvoir. Il nous faut à tout prix garder notre liberté de penser de parler, de chercher. (page 230) " Le prêtre n'est pas là pour être placé en concurrence ou en prétention par rapport aux laïcs, il est là pour renvoyer au baptême. Le sacerdoce presbytéral renvoie au sacerdoce des fidèles." (page 256) "Le Christ ne nous jamais demandé d'être nombreux, il nous a demandé d'avoir du goût." (page 275) Anne

C'est essentiel, lire ce livre est essentiel. Se mettre en bouche avec Pietro de Paoli puis lire Mgr Rouet me semble être un beau et bon programme de lecture. Chaque chapitre de ce livre est un vrai petit programme en soi, une vraie proposition de réflexion pour tout groupe du même nom, une bouffée d'oxygène qui éclate en des milliers de petites bulles d'espérance et de sagesse. N'est ce pas ce que l'on appelle le bonheur? Mathilde

chère M.F. Merci pour ta réponse et pour le dialogue. 1er Point: Je crois que parfois on demande trop à l’Eglise, on veut parfois que l’Eglise nous rejoigne dans nos misères comme on le voulait, et non comme elle le veut, de la même façon qu’on demande parfois à Dieu d’exaucer nos prières selon notre volonté et non la tienne. Pour certaine personnes l’Eglise ne peut les comprendre que si seulement, elle les approuve, autrement ils se sentent rejetés. Je citerais par exemple la communauté homosexuelle que ne se sentira accepter par l’Eglise que si seulement elle considère leur union semblable à ceux des couple hétérosexuel autre reconnaissance ne les intéresse pas .Et pourtant l’Eglise peut leur apporter bcq comme d’ailleurs elle le fait dans les paroisses en discrétion. On peut aussi faire la même analogie avec la situation des divorcés remariés. Alors personnellement je pense que l’Eglise rejoint nos contemporains dans leur misère mais elle le fait à sa façon p-e pas comme Jésus mais mieux que nos contemporains. J’accepte mal cette façon contemporaine d’auto flagellation, je pense comme Mgr Dagens l’a dit à Lourdes que nous rejoindront mieux nos contemporain en affirmant et en vivant courageusement notre identité catholique et notre foi catholique qu’en remettant constamment notre magistère en cause.

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