Rôle des femmes dans la transmission de la foi.

Auteur.e: 
Comité de la Jupe

Voici une vingtaine dannées, lhistorien Jean Delumeau a animé au Collège de France un séminaire de recherches, aboutissant à la rédaction dun ouvrage collectif, La Religion de ma mère, Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi, paru en 1992 aux Editions du Cerf.

Il nous a aimablement autorisés à en reproduire des passages. Voici un extrait de la Préface:

L’ouvrage que nous présentons a été majoritairement conçu et rédigé par des femmes: ce qui est normal, compte tenu du sujet. Mais des historiens hommes ont participé au travail commun, pour environ un tiers. C’est dire que toute préoccupation «féministe» a été écartée et que ce livre n’a aucune visée polémique. Il veut constituer un dossier, qu’il faut consulter sereinement.

En revanche, comment contester, sur un plan purement historique, que, tout au long de l’histoire chrétienne, la femme qui enseigne la religion a eu du mal à trouver sa juste place à l’intérieur des Églises? Le conflit permanent entre institution et inspiration a conduit à la marginalisation, aussi bien des prophétesses montanistes des II° et III° siècles que des bergères qui «prêchèrent» dans les Cévennes, le Vivarais et le Dauphiné au cours des années 1689-1710 et qui inquiétèrent les pasteurs réformés. Plus généralement, un pouvoir ecclésiastique masculin a durablement redouté une prise de parole religieuse par les femmes. Les témoignages qui le prouvent – on le verra dans notre livre- sont légion. En 1638, le beau-père de Velasquez souhaite qu’on arrête de peindre sainte Anne apprenant à lire à Marie. Car celle-ci, assure-t-il, « n’a pas appris [de ses parents] à broder, lire, écrire», puisqu’elle est entrée au Temple à trois ans. « Il est plus juste de donner la gloire de ce magistère au Saint-Esprit. […] J’espère qu’ainsi mon discours aura atteint son but en éloignant de cette peinture ceux qui y étaient dévôts.» Quelques années auparavant, les Ursulines désirant s’établir à Dôle, les «magistrats de la ville» avaient précisé dans leur réponse: « Parce qu’il n’y a rien de plus dangereux que de permettre aux femmes l’explication des lettres sacrées et qu’elles prétendent enseigner aux filles la grande doctrine chrétienne […], lesdits sieurs suppliés désirent qu’il soit dit plus clairement qu’elles leur feront seulement apprendre le catéchisme par cœur, sans leur faire aucune interprétation.»

Encore au début du XX° siècle des Conseils [épiscopaux] aux dames catéchistes donnent les directives suivantes: « Dans le cas où on ne l’autoriserait pas [la femme catéchiste] à donner d’explication, elle devra se soumettre et se borner à faire apprendre le mot à mot du catéchisme. [… Elle devra] éviter de former les enfants à la piété, car c’est le domaine du prêtre.» D’où, devant ce barrage qui a tenu pendant des siècles, des protestations longtemps camouflées derrière l’iconographie: le rôle de sainte Marthe exalté sur les murs d’un couvent féminin, sainte Catherine de Sienne vêtue en cardinal, sainte Anne apprenant à lire à la Vierge enfant, sainte Marie-Madeleine représentée en train de prêcher, selon la légende, aux habitants de Marseille: autant de manières d’exprimer par l’image le souhait de voir reconnu le rôle religieux de la femme.


Jean Delumeau



La Religion de ma mère, sous la direction de J. Delumeau, préface, p. 12-13, Ed. du Cerf, 1992

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Commentaires

Et nous savons fort bien qu'une raison et non des moindres du refus de l'accès aux femmes à la prêtrise touche leur accès à la parole de l'homélie. On notera par ailleurs que sauf exception confirmant la règle (!), les moniales catholiques restent muettes sur la parole de l'Evangile qu'elles côtoient au quotidien. Quand elles en parlent, c'est essentiellement en citant des commentaires masculins.

Rien qu'à lire ces quelques lignes, on comprend tout de suite: les femmes ne sont pas des êtres humains à part entière. Elles ne l'ont jamais été et ne le seront jamais puisqu'il ne faut pas changer les choses, ça met la chair de poule!...et pourtant: "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit: "Soyez féconds et prolifiques, remplissez la tere et dominez-la." Dieu s'adresse à l'homme et la femme, sans distinction. Il faut croire que l'auteur de la Genèse était moins mysogine que les hommes d'aujourd'hui... J'ai l'impression que plus des personnes argumentent pour une juste reconnaissance d'égalité et de responsabilité entre les hommes et les femmes, plus on nous repousse et on nous rejette... C'est juste ce que je ressens...et ça me rend profondément triste. J'ai peur d'être un "rejet" de l'Eglise pour le restant de mes jours puisqu'il n'y a aucune autre solution semble-til... J'ai envie de lire ce livre mais je crains qu'il ne me fasse plus peur qu'il ne me rassure.

J’ose évoquer le rôle des femmes en remontant beaucoup plus loin, pas seulement dans notre cher christianisme, mais anthropologiquement à la racine de toutes les civilisations, sous-tendues par toutes les religions de l’Histoire. René GIRARD enseigne que la mutation d’un « simiesque » en « homo », donc du passage d’un état seulement animal, à un état humain (donc animal toujours, mais doté d’une spiritualité naissante), se produit au moment où des (… ou un !) singes prennent conscience du scandale de la mort reçue, ou à infliger, nécessairement, à un semblable pour la défense de la vie. En ce bel objectif (… qui exprime déjà la volonté divine) deux formes d’intelligence entrent alors en nécessaire convergence, mais aussi en rivalité. Celle de l’ancienne souche animale, essentiellement de combat, de défense, de conquête, de domination. C’est bien un « formatage » essentiellement masculin. Celle de la prudence, des soins, de la tendresse, des nécessaires compromis, des nécessaires compréhensions mutuelles, de la pédagogie des réalités biologiques quotidiennes. Là on est dans une tonalité essentiellement féminine. La Bible nous enseigne que DIEU destine homme et femme à ne faire qu’une seule chair, malgré « SES » formatages profonds très différents, mais complémentaires et enrichissants, tant individuellement que sociétalement. Il m’est évident que c’est dans une synergie, dans la reconnaissance de merveilles de chaque sexe, et surtout plus dans des défenses de territoires de pouvoir à conquérir, que peut se construire le VRAI BONHEUR. Par l’épanouissement de l’Amour divin, dans les couples d’abord, et dans toutes les communautés humaines ensuite par effet de rayonnement, ce qui n’exclue aucunement les vertus de force et de courage quand nécessaire. Nous les hommes, pour être bien dans notre peau, restons trop majoritairement des animaux, imbus de force, de violence, de pouvoir à conquérir et à maintenir. Nous sommes peu attentifs au langage de DIEU qui parle surtout par la vie (… tout simplement !) Vous les femmes, ce qu’est réellement la vie, vous le ressentez en vos profondeurs, surtout par votre fécondité. Le vrai langage de DIEU vous a toujours été beaucoup plus proche, plus directement accessible. OUI, femmes, vous être l’avenir de l’homme… La marginalisation dont vous êtes frappées en Eglise depuis toujours, n’est que le reflet de notre… disons « bêtise » pour rester aimable. DANIEL-KOKA (= le CATHO-GRATTEUR, via GOOGLE)

@ Marie Jeanne, il n'y a pas lieu d'avoir peur, car malgré tout, les mentalités ont beaucoup évolué, et l'Eglise est bien obligée d'entendre (à défaut d'écouter) les voix des femmes; elle ne peut plus les diaboliser puis que la société civile reconnait comme juste le principe d'égalité même si elle ne l'applique pas entièrement. La peur est mauvaise conseillère. Si nous avions eu peur de descendre dans la rue en 1970 (je parle de nous les premières militantes des droits des femmes pour le 20 éme siècle, qui prenions le relais des suffragettes), vous ne pourriez même pas vous exprimer en tant que femme catholique actuellement. A l'époque , tout était contre nous, le pouvoir, les lois, les coutumes, et les préjugés de beaucoup de femmes elles mêmes, car il est plus sécurisant de faire ce que l'on attend de vous quitte à perdre sa liberté et son libre arbitre. Le dépôt de gerbe sur la tombe (hypothétique)de l'épouse du Soldat Inconnu était un geste pacifique et symbolique; et nous n'étions certainement pas les folles hystériques que décrivaient les media. Maintenant, les media sont plutôt avec les femmes, sauf bien sûr une presse particulière, ultra conservatrice. Une lutte peut être festive, ferme , joyeuse. Voyez les femmes de "La Barbe"!! Les discours misogynes de certains prélats ? la barbe! tournons les en dérision!

Cher Daniel, le plus souvent, j'aime beaucoup ce que vous écrivez. Mais là... je reste sans voix. Pourquoi, mais pourquoi le combat, la défense, la conquête, la domination serait-elle principalament le domaine masculin? Bien sûr, vous parlez de "formatage", mais l'ensemble de votre propos suggère quand même dangereusement l'idée de nature derrière ce formatage... Et pourquoi, mais pourquoi, la prudence, les soins, la tendresse, seraient-ils plus proche de la "tonalité" féminine? Vous qui, sauf déguissment dont je ne vous crois pas capable, êtes du sexe masculin, êtes-vous si peu porté spontanénement à la tendresse? Franchement, cela m'étonnerait. Vous allez me répondre: oui, bien sûr, je connais la tendresse, mais pas tout le temps, et à d'autres moments j'ai des envies de domination, des envies de cogner, des envies de meurtre. Hé bien, je vais vous dire: c'est pareil pour moi. La tendresse, je connais; et le désir de prendre les choses en main aussi. La faiblesse, la passivité, la peur, je connais; et la joie de construire, de concevoir des projets, d'organiser le travail des autres et de les plier à la puissance de ma pensée, je connais aussi! Arrêtez donc d'imaginer que le côté traditionnellement réservé aux hommes n'attire que les hommes, et que le côté traditionnellement réservé aux femmes n'attire que les femmes. La vérité, c'est que tout cela est humain, et qu'en chaque être humain, l'humanité entière peut se refléter. Ceci dit, je ne vois aucun mal à ce que des humains mâles suivent la voix masculine traditionnelle et s'y trouvent bien; ni à ce que des humains femelles suivent la voix féminine traditionelle et s'y trouvent bien. Du moment qu'on ne leur fait pas croire que c'est une question de nature.

Je ne crois pas que Daniel veuille parler de" nature", mais plutôt de sociologie des comportements: les humains de sexe masculin choisissent la part de domination et de violence au départ nécessaire à la survie de l'espèce, en l'exacerbant, et en ne laissant aux femmes que la prudence et les soins eux aussi indispensables. Ils font ce choix, ou sont poussés à le faire.Il me semble que Daniel se livre aussi à un constat irréfutable: m^me si les femmes ont à l'intérieur d'elles mêmes des pulsions semblables, ce sont elles, (et les enfants des deux sexes avec une lourde proportion de fillettes), qui sont dominées, exploitées, vendues, violées, déshumanisées, par des êtres de sexe masculin, avec la complicité de quelques femmes parfois. . (voire les "rabatteuses" dans les tournantes, mais ceux qui commettent le crime sont bien des garçons) Il n'existe, et on ne le répétera jamais assez, aucunes bandes de femmes armées qui persécutent des hommes désarmés. Ce peut être parce qu'elles n'ont pas de pouvoir. De quoi sont capables les hommes envers les femmes et les enfants pendant les guerres civiles contemporaines, alors que nous avons soi disant atteint un certain degré de civilisation est quelque chose de terrifiant. Lire les témoignages sur la guerre du Kosovo, et les réquisitions du TPI suffisent. Je demeure persuadée que quand on donne la vie, ou qu'on pourrait la donner, de tels actes ne sont possibles que par exception. Il me semble (si je ne me trompe) que Daniel est dans cette interrogation?

Je trouve dommage d'entendre encore et toujours que seules "les femmes donnent la vie". C'est peut-être une habitude culturelle, je ne sais pas et je n'ai pas les compétences pour l'affirmer. Mais serait-il possible que, culturellement, chacun fasse un effort pour affirmer haut et fort que les hommes, comme les femmes, donnent la vie eux aussi? Je ne suis pas très cultivée, pardonnez-moi, mais je suis convaincue que les hommes "font" les enfants avec les femmes. Ils les font charnellement, psychologiquement, spirituellement, c'est ce qui fait d'eux des "pères". Peut-être bien que nous les "portons" physiquement au creux de nous pendant neuf mois, mais les hommes doivent aussi les "porter" d'une tout autre façon c'est certain, mais les hommes doivent aussi les porter. Peut-être que si chacun et chacune avait plus conscience de ce fait, on arriverait à en finir avec cette foutue rivalité: les femmes donnent la vie et les hommes ont le pouvoir pour compenser. Il n'y a rien à compenser: l'homme et la femme donnent la vie ensemble, à égalité. Bien sûr qu'il faut en finir avec les attitudes animales qui brutalisent, violent, maltraitent. Il est temps d'en finir avec les préjugés qui font que les femmes ont forcément tort quand elles sont en rivalités avec des hommes. Il est temps d'en finir avec les accusations d'infanticide contre les femmes qui demandent l'avortement alors qu'il n'est pratiquement jamais mentionné le rôle du père dans ces histoires (on dit juste qu'il ne veut pas s'impliquer habituellement! Oh les pauvres!!! Ils se sont bien "impliqués" pour le faire ce petit!Alors pourquoi ne sont-ils pas impliqués, de "force" s'il le faut, dans ce choix de vie ou de mort) Peut-être que la co-responsabilité doit être clamée ouvertement de manière automatique... Bien sûr que les hommes qui maltraitent les femmes et les exploitent font preuve d'une grande lâcheté et d'une grande brutalité. Mais est-ce que nous, les femmes, ne fesons pas trop de la maternité, notre possession, notre pouvoir en quelque sorte? Je pense qu'il faut faire attention de ne pas mettre toute la "faute" du côté des hommes. Nous avons, culturellement notre part de responsabilité dans la vision que nous donnons de nous aux hommes. Je ne suis pas sûre d'avoir su exprimer clairement mes propos, j'espère n'avoir choqué personne. C'est vrai que j'en ai un peu assez des ouvrages qui ressassent sans arrêt des choses passées et dépassées. Vous n'en auriez pas d'autres à nous proposer: des ouvrages qui parleraient de juste co-responsabilité, de respect mutuel, d'égalité vraie... d'avenir???!

Ah Marie-Jeanne, mille mercis!

Oui, oui, Marie-Jeanne, merci à vous! Moi aussi, j'en ai assez d'entendre dire que les femmes donnent la vie. Bien sûr qu'il faut être deux pour concevoir un enfant, et qu'il faut être plus d'un (plus d'une) pour accompagner un bébé jusqu'à son âge d'homme (ou de femme). On n'élève pas un enfant seul(e), et le problème n'est pas seulement un problème de ressources matérielles ni d'emploi du temps. Pour initier un enfant au monde des relations, au monde de l'amour, il faut vivre en sa présence des relations d'amour: la mère n'est pas la seule éducatrice, aucun éducateur ne peut l'être s'il(elle) est seul (seule) , objectivement ou dans sa tête. J'en ai surtout assez d'entendre disserter sur ce que sont les hommes et ce que sont les femmes (ou, pire LA FEMME). Le genre n'est pas une question d'essence (vous ETES ceci et nous SOMMES cela) mais une question de rapport social. Quel(s) rapport avons-nous les uns(unes) avec les autres (ou avec les mêmes)? C'est là-dessus qu'il faut travailler!

@Marie-jeanne: La co-responsabilité que vous décrivez est un idéal à atteindre, et je pense que les femmes ne cessent de la demander. Personne ne parle ici de "faute", il s'agit d'analyse politique. Les violences envers les femmes sont internationales, et hélas, pas passées ou dépassées, et il est légitime de s'interroger sur cette violence. Il est nécessaire de l'interroger pour qu'elle cesse! Pour qu'un phénomène cesse, il doit être reconnu, analysé, et on doit en rechercher les causes. On ne peut mettre en balance les violences globales envers les femmes,(violence politique, économique, symbolique,physique) et leur état de subordination dans la majorité du globe, et les quelques femmes qui se raccrochent à leur maternité! Si j'ai bien compris, nous l'aurions bien cherché ? Oui, certains hommes "portent " les enfants, de manière différente, certains ont même la couvade,(ils grossissent en même temps que leur compagne, c'est arrivé à mon mari) mais cela ne change pas le fait que 89% des familles monoparentales ont à leur tête une femme, dont la moitié sont sous le seuil de pauvreté. Et chercher à inverser la vapeur ne passe certainement pas par se voiler la face sur la réalité, et vivre au pays des rêves...C'est beau de dire ce dont on rêve, mais pour arriver à le réaliser, il est nécessaire de lutter pour la transformation du monde.

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