Hommes femmes : Égalité ET différence

Auteur.e: 
Anne SOUPA

egalLes querelles récentes du genre ont réactivé, du côté de certains catholiques, et en particulier de l’institution, un argumentaire assez radical, à savoir que l’égalité entre hommes et femmes ruinerait leurs différences. Les partisans de l’égalité seraient devenus aveugles devant « l’évidence » de la différence, laquelle est non seulement une réalité biologique, mais un trésor culturel. Les « égalitaires » prépareraient un monde de brutes, un monde aplati, appauvri, qui ne ferait plus cas de la richesse insigne que constitue la différence, voulue par le Créateur et source infinie d’altérité. Et c’en serait fini alors de la délicatesse féminine, de la puissance masculine et des joies de la maternité… Appelant à leur secours la biologie et le valeureux le chromosome Y qui ferait la prééminence masculine, ils leur reste à susurrer mezzo voce qu’il n‘y aurait rien de pire que ces femmes qui refusent leur féminité et veulent en tout copier les hommes. Une sorte de « machisme en jupe » selon l’expression du pape lui-même….

Un tel discours demande à être regardé de près et un peu déconstruit. Que met-on derrière le mot « égalité » ? S’il s’agit de regarder un corps d’homme et un corps de femme et de soutenir qu’ils sont « égaux », il faut tout de suite objecter que le terme utilisé n’est pas le bon, c’est celui « d’identité » ou, à la rigueur de « similitude » qui conviendrait. Mais s’il s’agit de reconnaître qu’hommes et femmes ont « égale » capacité à exercer des responsabilités, dans la cité ou dans l’Église, alors oui, l’égalité - la chose, sinon le mot - est un gain pour tous, femmes et hommes, et elle ne préjuge en rien des différences, réelles ou supposées, qui existent entre eux.

Dans le discours de l’institution catholique, on se plaît donc à superposer égalité et perte de la différence, laissant croire que la somme des bienfaits de la différence et le socle biologique seraient des motifs plus que légitimes pour chercher à endiguer la vague montante de l’égalité juridique et sociale. Le discours anti égalitaire catholique se targue donc, aux yeux de l’opinion, d’être le seul capable de « sauver » les différences, en invoquant culture et biologie pour démontrer toutes sortes de bienfaits et en particulier, au sein de l’Église, que les femmes sont inaptes à la prédication liturgique ou à la représentation du Christ au sein de l’assemblée eucharistique.

Ce faisant, ces catholiques anti égalitaires ressemblent à ce sourd qui entretient avec soin un quiproquo qui aurait pu être levé depuis longtemps. Et de fait, le sourd en question est bien de la race qui ne veut pas entendre. Ne pas entendre quoi ? Que son plaidoyer en faveur d’une différence menacée cache en réalité le souci de conserver des situations « réservées », propres aux hommes. Le différentialisme catholique est le paravent d’un conservatisme masculin. Rien d’autre.

Mais beaucoup de femmes catholiques ne le voient pas. L’exaltation de leurs différences par le Magistère, si flatteuse, si insistante, les comble. Déjà, le chien de la fable (Le chien et le Loup, Jean de La Fontaine) avait beau avoir le cou pelé, il ne voyait que les somptueux repas et les caresses de son maître….

Dans cette joute d’une grande médiocrité intellectuelle, le Comité de la jupe a clairement choisi : l’égalité de traitement entre hommes et femmes dans l’Église lui paraît non seulement une justice, non seulement une évidence de l’heure, mais un inestimable gain pour l’Église toute entière. Il n’oublie pas, en effet, que Jésus n’a fait aucune discrimination de sexe.

Pour travailler à cet objectif, le Comité de la jupe pose un fondement essentiel : il ne cautionne pas le discours différentialiste (comme Jésus non plus ne l’a jamais soutenu). Il se refuse à dire : « les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça ». Non que cela soit faux, mais il considère qu’il n’a pas autorité pour le dire. Ni lui, ni d’autres, comme le Magistère catholique, n’ont le droit de dire de manière surplombante et autoritaire ce qu’est un homme et ce qu’est une femme. Ces temps-là sont révolus et ils ne reviendront plus.

Les différences, biologiques et culturelles, sont désormais à la disposition de chacun, de chacune, pour qu’il ou elle en fasse ce qu’il souhaite, pour lui et pour son entourage. Libre à chacun de défendre ou de nier la fameuse intuition féminine ou la non moins célèbre vertu de commandement masculine, et libre à lui de considérer que son prochain la possède ou ne la possède pas. La détection, l’élaboration des différences, et leur mise en œuvre, sont désormais un vaste champ d’appropriation personnelle, et c’est tant mieux, car la liberté de chacun y gagne. Avec elle aussi, une sorte de jeu, de légèreté, presque de création continuée, à faire et à défaire selon les circonstances et les interlocuteurs, les contenus de ces différences. Créer et non subir, nous y voilà. N’est-ce pas réjouissant ?

Á cette raison majeure, profondément conforme au désir divin exprimé dans le chapitre 2 du Livre de la Genèse, s’ajoute pour le Comité de la jupe une raison plus « tactique : il est évident que, dans le contexte défensif actuel du Magistère, tout contenu donné aux différences serait utilisé par lui pour nier la vertu de l’égalité des responsabilités et justifier la dépendance féminine.

Le Comité de la jupe, totalement investi dans un objectif clair, celui de l’égalité (juridique et sociale), doit donc rester silencieux sur la différence, ce qui, bien entendu, ne veut pas dire qu’il la nie. Ce silence n’est pas de désintérêt ou de déni, il est de respect envers les choix de chacun et de chacune.

Anne Soupa

Commentaires

@ Mmes Soupa et Pedotti Vous ne voulez pas entrer dans le débat sur la différence. Je pense que votre position n’est pas tenable, si vous autorisez mon point de vue masculin – discordant. Je le dis comme mari et père. En observateur privilégié, dépositaire du témoignage de son épouse. Porter – dans son corps –, et mettre au monde un enfant – accoucher –, le nourrir – l’allaiter – est tout à la fois une grâce et une croix. Il s’agit d’accueillir dans l’enfant qui naît la vie humaine et divine. La vie de Dieu. Naturelle et surnaturelle. J’estime donc que toute femme « enceinte et fortifiée », comme disait mon père médecin, a besoin d’un accompagnement et d’un aménagement de son temps spécifiques dans l’exercice d’une telle responsabilité, plutôt que d’être incitée à jouer les superwomen – notamment en retournant dare-dare au boulot après l’accouchement, comme y incitent les pouvoirs publics. Bref, vous le comprenez, je conteste l’idée que la différence homme-femme ne devrait pas peser sur le plan familial et social, voire sociétal. Comme je conteste la pseudo révolution anthropologique sur laquelle s’appuie votre féminisme et votre égalitarisme. Une « révolution » qui a notamment pour fondement la fausse liberté (« vous serez comme des dieux ») procurée par la pilule contraceptive, poison pour nos rivières et pas que…

Ah, la belle défense du patriarcat! Et de renvoyer, comme il se doit, les femmes à leur 3K, Kinder, Kirche, Küche! Et d'accuser de péché d'orgueil les femmes ont décidé d'avoir une ferme maîtrise de leur fécondité. Tout cela est risible, et même grotesque. Les femmes qui bossent ne se prennent pas pour Superwoman, elles font leur boulot normal, vivre, gagner leur vie, tout comme les hommes, et éventuellement, elles sont mères, comme les hommes sont pères. Vous invoquer une "Différence" qui gomme toutes les différences et au bout du compte, ce qui vous anime c'est l'immense regret que les femmes ne soient plus des bonnes ou des nounous au service des hommes et des enfants. Eh oui, il est fini le temps des colonies et des esclavages. Bonne nostalgie! Je me dois aussi de vous avertir qu'il y a déjà un petit moment que les femmes sur le point d'accoucher n'ont plus besoin d'un fier guerrier armé d'une lance et d'un gourdin pour empêcher un tigre à longues dents de venir croquer leur nouveau-né.

Bonjour, Je ne parlerai pas du texte d'Anne Soupa, auquel j'adhère complètement. Je réagis simplement sur l'idée que "Les jeunes générations sont très absorbées par leur travail et leurs loisirs". C'est à mon avis faux, de nombreuses études montrent au contraire que l'engagement associatif des jeunes est en hausse, même s'il prend des formes différentes, au hasard celle de France Bénévolat en 2013 (http://www.francebenevolat.org/uploads/documents/3e656ec9e424ae9e724ba0187045eb04c5da478b.pdf). Je réagis aussi parce que, ayant 21 an, je suis directement concernée par cette idée. Beaucoup de mes amies ou connaissances sont engagées dans des partis, syndicats ou associations et ne vivent pas leur engagement comme un travail ou un loisir. D'autres s'investissent au sein de l'Eglise, particulièrement dans des mouvements scouts catholiques, des aumôneries. Et si ces jeunes femmes ne parlent pas de devenir prêtre, c'est à mon avis parce que cette idée est pour elles un doux rêve plutôt que parce qu'elles sont trop tournées sur elles-mêmes pour envisager cette vocation. Pardon si je caricature vos propos, mais c'est ce que j'ai compris de votre message. D'autre part, cette idée qu'un jour les hommes et les femmes auront le droit d'accéder aux mêmes responsabilités au sein de l'Eglise est justement ce qui m'empêche de claquer la porte quand je vois un choeur uniquement masculin et les femmes reléguées à la sacristie. Mais permettre aux femmes de devenir prêtre ne fera que repousser le problème si on ne s'attaque pas à cette idée qu'il existe une différence de nature entre l'engagement sacerdotal et les autres formes d'engagement, et donc une hiérarchie entre clercs et laïcs. Je profite de ce commentaire pour dire un grand merci au Comité de la Jupe pour ses actions et la qualité des textes qu'il propose.

Il n'y a de discours" différentialiste", en effet que chez les conservateurs, c'est à dire, comme vous le soulignez au début de l'article, chez les personnes qui croient que demander l'égalité de traitement va ruiner les différences évidentes, et crient au loup. Cependant, c'est une évidence aussi qu'on ne peut rayer d'un trait de plumes 40 ans de luttes de femmes, à l'intérieur desquelles les femmes n'ont nullement , comme vous le prétendez, dit "les femmes sont comme ceci ou cela," mais simplement permis aux femmes de se nommer elles mêmes, et d'analyser leurs expériences, de déterminer le champ de leurs luttes. C'est à dire un champ politique.Décider qu'il faut rester silencieux sur la différence est absurde. La différence exprimée n'est pas la différence imposée, et c'est tous les jours que la différence des sexes, la différence de l'expérience des femmes se joue. Vous êtes en train de "jeter le bébé avec l'eau du bain",( comme certaines tendances du féminisme), car une telle attitude fait disparaître les femmes, purement et simplement. Surtout, surtout, chut, silence, nous sommes des hommes comme les autres!!!!! Ainsi, il n'y a plus qu'une représentation masculine triomphante. L'analyse que vous faites est très restreinte, et ne tient pas compte d'énormes champs de recherche , et débats entre les différents courants de luttes de femmes, depuis 1970 jusqu'à maintenant, aussi bien en Europe qu'aux Etats Unis. Croyez moi, le Magistère ne s'est jamais rapproché du MLF, de quelque tendance que ce soit, car revendiquer que notre corps soit à nous, lutter pour que le viol soit jugé aux Assises revendiquer l'homosexualité, leur paraissait très dangereux. Il n'y a donc aucun péril à constater et analyser l'expérience spécifique des femmes, pour qu'elle soit reconnue, et que les femmes existent en parallèle et en accord avec les hommes pour la construction d'un monde juste. Un monde qui n'est plus phallique. Un monde quine bâillonne plus les femmes. Voilà les femmes catholiques deux fois censurées: une fois par l'Eglise, qui prétend dire à leur place qui elles sont, une fois par vous, qui les passez à la trappe. J'avoue que je renonce8

Michelle, vous dites que vous renoncez, je crains que vous ne vouliez pas entendre. L'article d'Anne ne dit pas ce que vous en entendez. Depuis l'origine, vous nous soupçonnez, sans cesse, vous revenez au nom de votre expérience d'une face de la lutte historique des femmes pour leur émancipation. Comme il est naturel, dans chaque lutte, il y a des courants distinct, des corpus d'analyse et des systèmes de pensée distincts. Nous avons déjà dit que nous avions fait un choix, qu'Anne rappelle avec fermeté dans son article. Ce n'est pas le vôtre, dont acte. En fait, ce que je déplore, c'est votre ton, toujours condescendant. Il me navre.

Bonjour Anne Quand j'évoquais d'ouvrir au clergé une porte au féminin dans l'Eglise, je ne pensais pas du tout à la caricature du féminin édicté déjà par le clergé masculin non pour eux-mêmes mais pour les femmes (avec une volonté de domination totalitaire de celles-ci). Je pensais à les ouvrir à leur part féminine à eux, c'est à dire, à se surprendre eux-mêmes en tant qu'êtres portant en eux une large part féminine, généralement mise au rencart, ou du moins très marginalisée (tout ce qui est du registre des sentiments, des émotions, de l'affectivité est banni au sein du clergé). Ce qui fait que le clergé masculin pourrait sortir justement d'une vision genrée du féminin, et pourrait l'inclure dans son identité et dans son mode comportemental. La vision genrée exclut, discrimine, oppresse. En sortir en constatant que l'identité humaine est un composé des deux qu'on soit homme ou femme, c'est un moyen de pouvoir se reconnaître ensemble dans une même humanité et donc dans une réelle égalité. Hélas, je trouve que les femmes qui ont conquis du pouvoir religieux ne font pas mieux que leurs homologues masculins. Si je regarde par exemple Delphine Horvilleur sur la question du mikhvé et du get, elle reste pour un rabbin libéral extrêmement tradi alors que ces aspects de la religion juive sont sources principales de discrimination entre hommes et femmes et amènent énormément de souffrances. Les femmes pasteurs ne sont pas plus ouvertes non plus...Donc il me semble que l'égalité de pouvoir religieux ne change hélas pas la discrimination et l'inégalité hommes femmes. Et c'est pareil en politique. Je suis souvent surprise de voir que les femmes sont toutes aussi réactionnaires et discriminantes à l'égard de leurs consoeurs que leurs homologues masculins, même ayant du pouvoir. C'est pourquoi je suggère de sortir d'une vision genrée. Et de l' illusion suivante que le pouvoir une fois dans les mains féminines, il y aura des avancées religieuses et politiques et sociales bonnes pour nous les femmes, plus d'égalité. Pour moi, au regard de ce que je peux observer dans d'autres religions, en politique aussi, c'est une illusion liée à notre part masculine de survie, méprisant notre part féminine. La solution est ailleurs...

Me voilà sincèrement désolée si je vous parais condescendante;ce n'est pas mon but. J'ai très bien entendu ce que dit Anne: qu'elle souhaite laisser l'élaboration de sa différence à chacune. Soit. Nous sommes là dans le choix personnel, et plus dans le choix politique, mais c'est une position comme une autre, que je respecte. Non, ce qui me navre moi, c'est le piège que constitue le silence qu'elle prône sur la spécificité de l'expérience des femmes! Parce qu'à ce moment là, les femmes ne sont jamais reconnues. C'est hélas ce que nous voyons à l'oeuvre dans la société civile. Et les femmes ne comprennent pas(du moins les jeunes): elles ont lutté pour l'égalité, et les voilà encore flouées. Si vous allez un peu sur internet, vous verrez que chaque fois que des jeunes femmes dénoncent une discrimination ou une violence, il y a des hommes qui leur répondent "les hommes aussi" pour leur fermer la bouche.Si vous lisez les journaux, vous voyez certainement qu'on essaie de raconter aux femmes qu'un père et une mère, c'est pareil, et qu'on peut couper les enfants en deux etc….Ma crainte (légitime) est qu'au contraire, le magistère (que je connais peu, j'en conviens) n'accuse justement les femmes catholiques en lutte pour l'égalité de nier la différence des sexes , comme certains courants radicaux. Ils ne connaissent absolument pas les subtilités des courants de luttes de femmes. Et au niveau symbolique, les femmes risquent de se perdre.

Nous n'avons jamais contesté la spécificité de l'expérience des femmes. Naître femme dans une société encore largement marquée par la domination masculiniste est en effet une expérience spécifique. En revanche, nous refusons ce que le magistère veux nous imposer, c'est-à-dire une différence ontologique. Car c'est au nom de cette différence ontologique dont il (le magistère - exclusivement masculin) prétend qu'elle serait une volonté divine - quand la bible dès l'origine établit bien l'unité du genre humain homme et femme - que les femmes sont traitées comme des baptisées de seconde zone et considérées comme inaptes à l'exercice des responsabilités. Le modèle "d'épanouissement qui leur est fourni est celui de la Vierge": servir et se taire. Idéal féminin appuyé sur deux citations de l'Écriture: "Je suis la servante du Seigneur" et "elle gardait tout cela en son coeur". Tout le reste, tout ce qui se passe entre Jésus et les femmes, par exemple, aussi bien que le fait que la résurrection soit annoncée d'abord aux femmes est tout simplement ignoré ou gommé. La parole magistérielle glorifie la "différence des sexes" pour mieux assigner les femmes à leur ordre "naturel, celui du silence, du service, de la méditation, de la maternité, de la pudeur, de la virginité, etc…

Merci, Anne, pour ce texte très clair qui donne bien la ligne directrice du Comité de la Jupe. J’y retrouve l’analyse qui m’a fait rejoindre le CJ, le rejet d’une structure patriarcale qui rigidifie les rôles et les fonctions, enferme les femmes dans leur famille et dans l’espace privé en survalorisant leur statut d’épouse et de mère, en opposition aux fondements philosophiques des démocraties occidentales, qui posent l’égalité juridique et sociale et donnent aux femmes la possibilité d’un accomplissement bien plus satisfaisant. En revanche, je suis gênée par la fin de l’article qui va dans le sens d’une autodétermination des hommes et des femmes qui choisiraient rôles et fonctions dans une liberté sans limites. Ce me semble un motif de la modernité qui a son revers ; cette liberté de s’autodéterminer, qui est présentée comme légèreté de l’être, peut aussi être vécue dans un flottement, sans assises, entraînant des souffrances bien grandes. Et je vais employer des termes désuets, mais ce sont les seuls que je trouve : s’il y a volonté de Dieu, projet sur l’humanité, les Chrétiens ne doivent-ils pas chercher cette volonté et s’y conformer ? La théologie, longtemps, a considéré que la loi naturelle était l’expression de la volonté divine. On sait en quel discrédit se trouve aujourd’hui ce concept de « loi naturelle ». Et je pense que la crise dans laquelle se trouve l’Eglise est aussi une crise intellectuelle, une impuissance à exprimer de manière intellectuellement recevable ses fondements et sa théologie. Comment penser l’universalité de la nature humaine et la différence des sexes ? Quoi qu’il en soit, il me semble important de poser l’égalité juridique et sociale comme un bien pour les femmes et d’interroger l’Eglise à ce sujet. Dans la société civile, l’émancipation des femmes est en train de se faire. L’Eglise la freine, quand elle ne s’y oppose pas de toutes ses forces. Or, elle se fera sans doute, mais sans l’Eglise et, parfois, contre elle. Et pourtant, nous aurions besoin que l’Église l’accompagne, en proposant des critères de discernement, pour vivre cette émancipation d’une manière chrétienne. Des prêtres, dans leur pastorale, le font parfois, notamment dans la ligne de Saint Ignace, qui a tant parlé du discernement, mais la théologie de l’Eglise, à l’égard des femmes, n’a pas varié. Théologie, pratiques de gouvernement, pratiques liturgiques paraissent aujourd’hui en porte-à-faux par rapport à ce que vivent les femmes dans la société civile et par rapport à la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes. Le Comité de la Jupe a de beaux jours devant lui ! En tout cas, il a du travail !

De même que le Christ n'a pas dit qu'il est Dieu (ou que l'Esprit saint l'est) , de même Il n'a eu aucun discours sur la différentiation des sexes .Mais l'absence d'une parole où Jésus se proclame Dieu n'a pas dispensé l’Église de réfléchir sur sa nature (et celle de son Père et de l'Esprit saint),les similitude et les différences par rapport aux 2 personnes de la Trinité .Je ne vois donc pourquoi l’Église ne devrait pas aussi réfléchir sur la nature de l'Homme et de la Femme .Il me semble que lorsqu'on lit la parole de Dieu dé la Genèse à l'apocalypse on se rend facilement compte que la différenciation des sexes n'est pas accidentelle, mais essentielle.Et pourquoi alors renvoyer la question des différences de sexe dans le domaine privé alors qu'elle est sans cesse exploiter par la photographie , la publicité , la musique (clip) , la pornographie , qu'elle se pose plus que jamais aujourd'hui dans le domaine de la famille , de la sexualité ,dans les universités (avec les études du genre) et qu'on a jamais autant parlé de l'égalité salariale et de la parité ? Il faut quand même rappeler que la réflexion de l’Église sur les différences hommes et femmes ,sur l'économie ,sur l'écologie , sur l'éthique ... n'est pas un dogme. Personne n'est obligé d'y croire .Mais pour élaborer une théologie réaliste et pour dialoguer avec le monde l'Eglise se doit de réfléchir et d'apporter sa contribution dans le débat ,elle que Paul VI dit "experte en humanité ".

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