« Féministes et catholiques », de 21 à 92 ans

« Je suis venue voir d’autres féminismes que le mien », avance Bertille, la vingtaine. « Moi, je ne veux pas ‘faire chrétienne’ toute seule, mais je ne trouve pas ma place », partage à son tour Pascale. Venues de toute la France, une soixantaine de femmes se sont retrouvées, les 4 et 5 juin 2022, au couvent dominicain de La Tourette (Rhône), construit par Le Corbusier.

Une première, pour le Comité de la jupe dont la vocation est de défendre la place des femmes dans l’Église, en lien avec les autres religions. Deux ans de pandémie, la prise de conscience de l’ampleur des abus sexuels dans l’Eglise et le lancement de la démarche synodale n’ont fait qu’accentuer le besoin des laïques de se rencontrer

Historiennes, sociologues, théologiennes et militantes chrétiennes se succèdent pour exposer leurs recherches sur le rôle attribué et pris par les femmes dans l’Eglise ou les Ecritures. Quel juste partage des pouvoirs sacerdotal, de gouvernement, d’enseignement ? Quelle a été la voix des femmes d’Eglise en temps de crise ? Dans la salle, les questions et les remarques fusent, le vécu des unes répondant au savoir des autres. Il s’agit aussi de rouvrir la Bible et de s’interroger sur la confusion des commentateurs au sujet des personnages féminins dans l’entourage de Jésus. Plus tard, un détour par les Etats-Unis dresse les débats qui y structurent la théologie catholique féministe, encore balbutiante en France.

Mais en parallèle des conférences, quelque chose d’autre se vit. Cela tient peut-être au tutoiement qui s’est imposé de lui-même entre amies et inconnues embrassant trois générations. Ou encore au sentiment partagé d’être « à part », qu’on l’ait choisi ou non, exacerbé par ce temps de retraite à des kilomètres de toute gare. Il y a quelque chose dans l’air. C’est l’orage qui sourde encore au loin et qui éclatera de nouveau une fois ou deux, mais l’assurance d’avancer, ensemble, dans un cadre bienveillant.

Le soir, dans l’église, des petits groupes se forment et la parole se libère. C’est qu’il y a à dire, sur l’inclusion des divorcés remariés, celle des minorités de genre. Prudemment, attentivement, se dessinent des chemins pour vivre sa foi quand la confiance en l’institution vacille, particulièrement dans les suites du rapport de la CIASE.

La présence accueillante et discrète des frères – mis en minorité par cette assemblée inhabituelle – a évidemment compté. Les offices, tout comme la visite guidée de leur couvent « de béton et de lumière » ont ponctué les échanges de beauté et d’ouverture.

En clôture du colloque, trois représentantes du Comité de la Jupe, du collectif FHEDLES et de Toutes apôtres ont fait dialoguer leurs visions et modes d’action. Servir, puisque c’est la vocation même de tout chrétien et chrétienne ; s’allier aux femmes qui s’éloignent à bas bruit des paroisses ; développer un discours médiatique, seul à-même de faire changer l’Eglise : les idées ne manquaient pas.

C’était un dimanche de Pentecôte, et un vent nouveau soufflait.